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ARCHITECTURE

FRANÇOISE.

O U

RECUEIL

DES PLANS, ÉLÉVATIONS, COUPES ET PROFILS

Des Eglifes, Maifons royales. Palais, Hôtels & Edifices les plus confide'rables de Pans, ainfi que des Châteaux & Maifons de plaifance fitués aux environs de cette \ ille , ou en d autres endroits de la France, bâtis par les plus célèbres Architeâes, & mefurés exaâempnt fur les lieux.

Avec la defiriptian de ces Edifices, & des Dijfier. tâtions utiles & intéreffantes fur chaque ejpèce de Bâtiment.

Par J ac que s - Franç ois BLONDEL, Proffieur dAr ch, tellure.

TOME TROISIEME,

Contenant la defcription des principaux Edifices des Quartiers Saint Denis, Montmartre, du Palais Royal & Saint Honore'.

Enrichi de cent quarante Planches en taille-douce.

A PARIS,

Chez Charles-Antoine JOMBERT, Imprimeur-Libraire du Roi pour l'Artillerie & le Génie , rue D mphine , à l'Image Notre Dame.

M. D C C. L I V.

AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROI.

'

,

TABLE

DES CHAPITRES

CONTENUS DANS LE TROISIÈME VOLUME

DE L'ARCHITECTURE FRANÇOISE-

LIVRE CINQUIEME.

Des principaux Edifices du Quartier Saint Honoré .

CHAPITRE PREMIER. Defcription de deux Maifons particulières, l’une fife rue des Mauvaifes paroles , appartenant à M. Guilloc , Intendant des turcies & levées; l’au- tre , rue du Cloître S. Méderic , appartenant à M. Doutremont , Avocat en Parlement , p. i Ch a r. II. Defcription du frontifpice du Bu- reau des Marchands Drapiers de Paris, rue des Déchargeurs , 5

Ch ap. III. Defcription du bâtiment de la Fon- taine des SS. Innocens, fitué au coin des rues Saint Denis ôc aux Fers , 7

Ch ap. IV. Defcription de la PorteS. Denis & de la Porte S. Martin , 10

Ch a p. V. Defcription delà maifon de Madame la Comtefle d’Eftradps , rue de Clery , 1 7

C h a p. VI. Defcription de l’Eglile des Auguf- tins Déchauflés , connus fous le nom des Pe- tits Peres3 près la Place des Viéloircs, 11 Ch ap. VII. Defcription de l’Hôtel de Tou- loufe , fitué rue de la Vrilliere , près la Place des Vi&oires, 27

Chap. VIII. Defcription de la Place des Vic- toires , quartier Montmartre, 34

Chap. IX. Contenant la defcription du Palais Royal , du Château d’eau, &: de la Maifon de M. d’Argenfon, 38

Chap. X. Defcription de l’Eglife des Prêtres de l’Oratoire, rue S. Honoré, y y

Chap. XI. Defcription de la Maifon de M. Rouillé , Miniftre &: Secrétaire d’Etat de la Marine , rue des Poulies , quartier S. Honoré ,

60

Chap. XII. Defcription de l’Eglife de Saint Louis du Louvre , fituée rue S. Thomas du Louvre, quartier du Palais Royal , 63

Chap. XIII. Defcription des bâtimens delà Bibliothèque du Roi , rue de Richelieu ; de la Bourfe, rue Vivicnne, &: de la Compagnie des Indes , rue neuve des Petits Champs , 67 Chap. XIV. Defcription de la Maifon de M. le Préfident de Senozan , fituée rue de Riche- lieu, 80

Chap. XV. Defcription de l’Hôtel de Lou- vois , rue de Richelieu , 8 3

Chap. XVI. Defcription de la Maifon de M. Sonning, rue de Richelieu, 87

Chap. XVII. Defcription de la Maifon de M. Duchatel , rue de R ichelieu , 90

Chap. XVIII. Defcription d’une Maifon fife rue de Richelieu , près le Boulevard , 5)3

Chap. XIX. Defcription de l’Hôtel Defma- rets , rue S. Marc , 9 j

Ch ap. XX. Defcription du Portail de l’Eglife des Feuillans, rue S. Honoré, près la Place de Louis le Grand, &: de celui de l’Eglife des Capucines, rue neuve des petits Champs, en face de la même Place, pp

Chap. XXI. Defcription de la Place de Louis le Grand, près la Porte S. Honoré, 103 Maifon de

feu M. le Prefidenc de Tunis, & de celle de j , Baron dl; Thiers, Maréchal général des logis, 8c Brigadier des Armées du Roi nruees Place de Louis le Grand, ,og Chap. XXIII. Defcription de deux Maifons nruees rue neuve des Capucines , près la Place de Louis le Grand, l’une appartenant à M. Defvreux , Fermier général , l'autre à M de Caftanier, Direéleur de la Compagnie desln- des , 0 j j

Chap. XXIV. Defcription de la Maifon de M. Le Gendre d’Armini, rue neuve des Capu- ciues , pi oclic la Place de Louis IeGrand 1 17 Chap X X V . Defcription de l’Eglife Paroif- f ale de S. Roch , rue S. Honoré , 1 , ,

Cx,AP'„XXVI- DefcIVion de l’Hôtel de INoalUes , rue S. Honoré , j , 0

Cn V' , V *’ Defcription de l’Eglife des Filles de 1 Auomption , rue S. Honore , 1 ; -,

C“1,p' XXVII 1. Defcription de l’ancien Hôtel de Montbafon , aujourd’hui la Maifon de M. Richard, Receveur général des Fi- nances ,

C '^iXIX' DcrcriPt:°n de la Maifon de M. Blouin, appartenant prefentement à M Michel, Direéleur de la Compagnie des Indes, rue du Fauxbourg S. Honoré, 14g Chap. XXX. Defcription de deux Maifons particulières , bâties rue du Fauxbourg Saint „Honore, 1 jo

Chap. XXXI. Defcription de l’Hôtel de Duras , fitué rue du Fauxbourg S. Honoré ,

Chap. XXXII. Defcription de l’Hôtel d’£- vreux , appartenant à Madame la Marquife de Pompadour , rue du Fauxbourg S. Ho- noré.

I

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VII

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XI

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XII

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XIII

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XIV

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XV

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XVI

Les 5

XVII

Les 4

AVIS AU RELIEUR

Pour placer les cent quarante Planches de ce troifieme Volume.

LIVRE CINQUIEME,

Planches des Maifons de M. Guillot & de M. Doutremont fe placeront enfemble à la page 4 Cette Planche du Frontifpice du Bureau des Marchands Drapiers, fe placera à la page 6 Planches de la Fontaine des SS. Innoccns fe placeront entre les pages 8 & 9

Planches la Porte S. Denis fe placeront entre les pages iz &c 1 3

Planches de la Porte S. Martin fe placeront à la page 16

Planches de l'Hôtel deTouloufe fe placeront entre les pages 3z & 33

Planches de la Place des Vi&oires fe placeront entre les pages 3 6 8c 37

Planches du Palais Royal fe placeront entre les pages 46 & 47

Planches du Château d’eau , vis-à-vis le Palais Royal , fe placeront entre les pages 50 5c 5 r Planches de la Maifon de M. le Comte d’Argenfon , fe placeront à la page 54

Planches de l'Eglife des Prêtres de l’Oratoire fe placeront entre les pages 5 8 & 59

Plinrhrç dp. I.i Maifon de M. Rouillé fe placeront après la page 6 z

XVIII

XIX

XX

XXI

Planches de la Maifon de M. de Senozan fe placeront apres la page Planches de l’Hôtel de Louvois fe placeront après la page Planches de la Maifon de M. Sonnine fe placeront entre les pages Planches de la Maifon de M. D— rf. placeront a la page T es ! Planches de U M «>£... r.re rue de Richelieu , fe placeront à la page Planches de l'Hôtel Defmarets fe placeront vis-à-vis la page Les a Planches du Portail des Feuillans & de celui des Capucines , à la page

1 Les trois Planches de la Place de Louis le Grand doivent être collées l’une au bout de l’autre , pour n’en faire qu’une feule , qui fe placera entre les pages 6 Planches de la Maifon de M. le Préfident de Tunis doivent être placées enfemble entre les pages

6 Planches de la Maifon de M. le Baron de Thiers doivent être placées enfemble

8 6

88 & 89 9* P4 98 loz

106 fie 107

après la page

4 Planches de la Maifon de M. Defvieux doivent être placées à la page z Planches de la Maifon de M. de Caltanier fe placeront après la page 4 Planches de la Maifon de M. Le Gendre d’Armini fe placeront entre les pages 4 Planches de l’Eglife Paroifliale de S. Roch fe placeront entre les pages 6 Planches de l’Hôtel de Noailles doivent être placées à la page ; 3 Planches de l’Eglife de l’Alïomption fe placeront apres la page

4 Planches de la Maifon de M. Richard doivent être placées enrre les pages 3 Planches delà Maifon de M. Blouin fe placeront entre les pages

5 Planches des deux Maifons de M. le Préfident Chevalier & de Madame Le Vieulx

feront placées enfemble après la page 1 5 1

; 4 Planches de l’Hôtel de Duras feront placées entre les pages 154 & 155

3 Planches de l’Hotel d’Evreux feront placées à la fin du Livre , page

1 10

1 r4 1 1 6

xi8 & 1 19 ïz8 & 119

138

i4z 144& 145 148 & 149

ARCHITECTURE

FRANÇOISE.

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LIVRE CINQUIEME.

DES PRINCIPAUX EDIFICES

DU QUARTIER.

S. HONORE’.

CHAPITRE PREMIER.

Defcription de deux Maifons particulières , l'une ,fife rue des Mauvaifes Paroles , appartenant à M. Guillot , Intendant des Tardes & Levees î autre, rue du Cloître S. MCde'ric , appartenant à M. Doutremont , Avocat en Parlement.

MAISON DE M. GUILLOT.

A Maifon dont nous allons parler Lit bâtie en 1723 & 24 par M. Cartaud(u) Architecte du Roi. Peut-être trouvera-t’on à redire que dans un Recueil l’on femble ne s’être propofé de parler que des plus beaux Edifices de cette Capitale & de fes Environs , on ait inféré cette Maifon Bourgeoife : mais comme un de nos plus habiles Architectes en a donné les delfeins , qu’il en a pris la conduite , & que la diftribution y eft traitée avec convenance , nous avons crû qu’on en verroit la defcription avec d’autant plus de plai- fir, qu’un Architecte doit fçavoir defcendre dans le détail des plus petits Bâtimens comme il doit fçavoir élever fon imagination lorfqu’il s’agit du projet de la demeure d’unPrince , d’une Tête Couronnée , ou lorfqu’il eft queftion d’un Edifice public.

(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Arclmcttc , Tome I. Page 222. Note (a).

Tome III. A

2

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

llaîfon de M. Guillot.

Elan du Rez-de-ChauJJec £? du premier Etage. Planche I.

La Figure première offre le plan du rez-de-chaulfée ; quoiqu'il foit diftribué danj un terrain allez irrégulier,& qu’il ne contienne qu’environpj toiles quarrées de fuper- ficie , il ne laide pas que de renfermer un allez grand nombre de pièces : fçavoir , un bureau pour le change ( 'b ) , un cabinet , une cuifine , une écurie pour trois chevaux > un grand efcalier & deux petits, une cour , &c. ; tant il eft vrai qu’un bon Archi- teéle doit toujours être confulté , puifque ce ne peut être que par fes lumières & fes avis qu’un. Propriétaire fçait tirer avantage de l'on terrain, foit pour la diftribution , qui a pour objet la commodité ; foit pourla connoilfance de la conftruétion,qui a pour objet lalolidité ; foit enfin par rapport à l’agrément, qui a pour objet l’ordonnance de la décoration tant intérieure qu’extérieure ; connoiifances qui fuppofent les princi- pes delà bonne Architeélure , & qui demandent, dans quelque occafion que ce puifle être , de la fagacité , du goût & de l’expérience.

Pour preuve de ce que j’avance , il lùffit de confidérer les deux Planches de cette Maifon , & l’on verra que les diftributions font fufceptibles de toutes les commodi- tés requifes dans un Batiment de l’efpece dont il s’agit , & que la décoration exté- rieure , fans fe relfentir de la prodigalité des ornemens qui accompagnent ordinaire- ment les édifices confidérables , ne lailfe pas cependant que de porter le caraélere du ben goût & de la proportion ; caraélere qui fait un des mérites elfentiels des fa- çades extérieures, par la raifon que, dans chaque efpece de bâtiment, la convenance exige une richelfe ou une fimplicité analogue à fon ufage , qui feule peut lui attirer le luffrage des Connoillèurs.

Le nom de chaque pièce exprimé dans ce plan nous difpenfera d’un long examen: Nous obferverons feulement que la cour eft un peu petite pour la hauteur des bâti— mens , qui ont trois étages & une manfarde ; mais il eft aifé de fentir qu’en a été obligé d’en ufer ainfi : car comme nous l’avons déjà remarqué , le terrain ne contenant qu’environ 95 toifes de fuperficie, pour trouver dans auffi peu d’efpace les ccir.rr.cdi- tés qu’on remarque dans cette mailbn , il a fallu donner à la cour la moindre grandeur polhble,& multiplier les étages, afin que les différentes perfennes attachées aux Maî- tres fe trouvaient par ce moyen logées commodément & relativement à leur fers ice ; conl dératicn qui doit entrer dans le local d’un plan , & qui dans une maifen particu- lière eft préférable à tout ce que la diftribution peut prélènter de plus ingénieux.

La Figure deuxieme offre le plan du premier étage compofé de trois appartemens de maître , d’une falle de compagnie , d’une falle à manger , &c. toutes pièces régu- lières , d’une belle proportion , & munies de dégagemens & de deux petits efcaliers qui montent de fond en comble & qui conduiiènt aux entrefols. Le grand efcalier n’arrive qu’au premier & au fécond étage ; ce dernier eft dillribué d’après les mêmes murs de refends que ceux dont nous venons de parler , & contient plufieurs apparte- mens de commodité qui concourent à donner à cette mailon un logement alfez con- fidérable.

Elévation d’une des ailes du celé de la cour , Ù1 coupe du principal corps de logis , donnant fur la rue des mauvaifes paroles. Planche II.

Cette Planche, prife dans le plan fur la ligne AB , montre la hauteur des differens étages dent nous avons parlé. Ces étages régnent tout au pourtour de l’intérieur de la

(A) Depuis que M. Guillot eft Intendant des Turcies faire connoître les pièces rélatives à l’ ufage d’un Négo- & Levées , & qu’il a quitté le négoce, on a fait de la ciant , rien n’étant indiffèrent lorfqu’il s’agit de la aif- Piece marquée C , une fort belle falle à manger : nous tribution des Bâtimens en général, avons laillé dans ce plan cette ancienne difpoiition pour

Maifoà de M. Guiilot.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.V. 3

cour , à l’exception de la partie de la remife , au-deflùs de laquelle font un entrefel & une piece de plain pied au premier étage.

La coupe , en faifant voir le plus petit diamètre de la cour , indique en même tems la trop grande élévation du bâtiment ; mais les raifons que nous avons rapportées plus haut prouvent la nécellité dans laquelle on s’ell trouvé d’en ufer ainfi.

Le rez-de-chauflee de cette cour eft décoré d’arcades bombées , tant feintes que réelles & chargées de refends. Au-deflus de ce rez-de-chaulfée, font-des croifées avec des bandeaux , qui defeendent jufques au plancher du premier étage , à cela près d’une banquette de pierre de 14 pouces de hauteur, qui reçoit un demi balcon de fer , cfue l’Architedle a préféré ici à un appui tout de maçonnerie , pareeque ce demi balcon procure plus de lumière dans l’intérieur des appartemens , & que par ce moyen les croifées ont acquis une proportion plus convenable ; attention qui n’eft jamais in- différente dans l’ordonnance extérieure d’un bâtiment.

Les croifées du deuxieme étage font dans le même genre. Ces étages font féparés par des plinthes , & tout le bâtiment eft couronné par une corniche dont les profils fe relîèntent delà capacité & de l’expérience de l'Architeéle qui en a donné les def- fèins.

La décoration intérieure , quoiqu’on général alfez fimple , eft traitée avec beau- coup de goût. Les ornemens y font ménagés à propos,& difpoles de maniéré qu’il y a des intervalles qui font valoir les parties qui doivent naturellement dominer.Nous ob- ferverons même que quoique le goût des ornemens ait changé confidérablement depuis que la maifon dont nous parlons a été bâtie , il n’en eft pas moins vrai que les Connoilfeurs applaudilfent à la retenue dont M. Cartaud a ufé dans les décorations de cette maifon : modération infiniment préférable à cette multiplicité d’ornemens dont on fait ufage aujourd’hui , quoiqu’ils foient alfez ingénieux pour la plûpart.

Nous ne donnons point ici la façade du côté de la rue , à caufe de fa grande fimpli- cité. On remarquera feulement que l’heureufe proportion qui régné dans fon ordon- nance , l’excellence de fes profils & la beauté de fon appareil , portent le caraétere du vrai fçavoir ; caraétere que l’on remarque non-feulement dans toutes les grandes entreprifes qui ont été confiées à M. Cartaud , mais qui fe rencontrent dans toutes les maifons particulières élevées fous fes ordres, dans le nombre defquelles nous regar- dons comme un chef-d’œuvre , celle de M. Hurel, Confeiller au Châtelet, fituée rue Saint Martin, dont la façade du côté de la rue eft généralement eftimée. Nous n’avons pas inféré cette maifon dans ce Recueil dans la crainte d’ellûyer le reproche de nous être trop arrêté à des Bâtimens de peu de confequence. Nous en recomman- dons cependant l’imitation à ceux qui veulent fe diftinguer dans la profeffion d’Archi- teéle ; les plus habiles étant forcés d’avouer qu’il n’eft rien de fi difficile que de produire de l’excellent dans une maifon de peu d’importance , & que c’eft ordinaire- ment dans ces occafions qu’il faut un vrai mérite pour plaire aux perfonnes intelligen- tes dans l’art de bâtir.

MAISON DE M. DOUTRËMONT.

La maifon dont nous parlons peut auffi être confidérée comme particulière , & quoiqu elle ait été bâtie long-tems avant celle dont nous venons de donner la deferip- tion, & par un Architeéle beaucoup moins connu (c) , il eft cependant certain que

(r) Jean Richer , Arcliitefte , paroît avoir été Eleve de le Veau, mort en 1670, fa maniéré de décorer étant à peu près la meme que celle qu’on remarque dans quelques ou- vrages de ce célébré Architeéte ; voyez la maifon de M. Henfelin , que nous avons donnée page 131 du fécond Volume. On peut encore fe convaincre de cette relfem- blance dans les Œuvres de Marot , Ton verra une autre

maifon , fituée rue Bourglabbé, appartenant à M. Pafquier; du defleindcJ. Richer, & que nous n’avons pasinferée dans ce Recueil , pareeque les Planches different affez confidé- rablement de l’exécution ; mais en général fes diflributions & fes décorations méritent quelque eftime, ainfi qu’une maifon particulière dans le même genre de celle que nous donnons ici, & qui fera l’objet du Chap. V. de ce Volume.

Maifon de M. Doutrc-

mont,

ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.

relativement à la néceflité de mettre fous les yeux du Leéteur des bâtimens de toute efpece, celui-ci n’eft pas tout-à-fait du genre de ceux que l’on doit rejetter; d’ailleurs le parallèle qu’on en peut faire avec le précédent , fera connoître fenfiblement la dif- férence qu'il y a entre la maniéré de diftribuer du dernier fiecle , & les progrès que nos Architeéles François ont fait depuis dans cette partie de l’Architeélure.

La Planche ttoifieme montre dans un terrain alfez peu fpacieux deux corps de logis appartenant à deux differens Proprietaires, celui marqué C à M. Doutremont, & celui D à Melk. Rivet. Ces maifons font alfujetties à une façade de bâtiment uniforme , qui s’eft faire d’autant plus facilement quelles font lltuées à l’ encoignure de deux rues qui en rendent les entrées plus particulières & plus commodes.

Tout le rez-de-cbaulfée eft occupé par une cour commune & par deux corps de logis. Le plus grand a une écurie pour quatre chevaux, deux remifes, un grand efcalier, une cuifine , une falle à manger , un garde manger , &c. Le petit eft com- pofé feulement d’un porche , d’un elcalier , d’une cuifine , d’une falle à manger & d’un office.

La Planche quatrième repréfente dans chaque maifon un appartement de Maî- tre. Ces appartemens font multipliés dans les étages fuperieurs au nombre de trois & d’un Attique.en comptant le rez-de-chauffée (ri) ; mais, comme nous venons de le re- marquer, ils font fans commodité: avantage que notre diftribution aéluelle a fur celle du fiecle précédent. a

La Planche cinquième offre la décoration de la principale façade du côté de la rue, qui différé autant de notre maniéré de décorer aujourd’hui , que la diftribution ancien- ne différé de la moderne. Cependant, fi l’on en excepte le couronnement des Atti- ques , l’Ordre despilaftres , qui fait un trop petit avant-corps dans le milieu de cette élévation, & l’air de pefanteur qui régné dans toute cette ordonnance, en faveur delà fimetrie , d’un certain caraélere viril , & de la proportion de quelques parties plus heureufement conçues que celles dont nous venons de parler , cette compofition mérite quelque confidération.

La Planche fixieme préfente la coupe prife dans les plans précédens furlaligne AB , & le développement de l’efcalier du corps de logis marqué C. On voit auiîi dans cette planche la coupe des remifes , un logement pratiqué au-delfus , & l’élévation de l’aile de ce bâtiment en retour fur la cour, & dont l’ordonnance eft la même que les pavillons de la façade du côté de la rue , dont on vient de faire mention.

(d) Nous remarquerons que dans ces Planches il y a qui ne nous ont pas paru affez importans pour en fâirg quelques légers changemens dans les diftributions , mais mention ici.

CHAPITRE

/

Plan du premier ctaqc

JLiv. 7^. "N ? I . Planche Prenuere

ScJie-Ue de

A Parus che-x^. AOÆBERT , roe Dauphine .

(Tnclave de la niait on voisine

Plan au re^ de chaussée d'une maison appartenant a /TL. Gudlat négociant, j-cize rue de<S Mauvais et paroles a. Parus , bâtie car lcd desseins de rtf. Car tau It çirc/uteete du -^.oy

i. Pompe jm tourna l'eau dam la Cuisine et dam lauje zJRiuéÿeaa

le pave pour lecoule z ment des eaux

ZO£

JPlasi cLictre^ Jlfawon situées dcuants les Consul# f ci J? ans f h as lie, -par I. PsicÀvtr .

wm^lBKSÈÊI^SSÊnMmÊmÊBSmtSÊÊBSlÊmmÊSBsSÊIItBSBBÊÊk

Frvce iu, dedans cU la. Cour auec le Profil de, laisle. ddareMcascm scituee clcuant les Consuls

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

î

chapitre II

Defcription du frontifpice du Bureau des Marchands Drapiers de Paris , rue des Dechargeurs.

LA lïngularité de l’ordonnance de ce frontifpice , prife en général, la contrainte dans laquelle s’eft jette l’Architeéle par l’accouplement des Colonnes Dori- ques , & la beauté de fa fculpture, nous ont déterminé à faire quelques obfervations fur les parties qui compofent cet édifice ; mais avant que d’y palfer , nous averti- rons que la Planche que nous donnons ici diffère en quelque ehofe de l’exécution. Premièrement il n y a aucune canelure dans les Ordres des colonnes 8c pi ladres : la ta- ble marquée A eft fupprimée , on a mis à fa place deux triglifes & un métope d’un plus grand intervalle que les autres , lequel eft orné de deux cornes d’abondance. Cette table Paillante fans doute avoit été faite dans le projet pour tnafquer l’irrégula- rité de ce métope , & en même tems pour recevoir une ihfcription ; mais comme elle s elt trouvée trop petite pour ce dernier ufage , on a préféré d’en placer une de marbre noir dans le dez du piedeftal marqué B. Cette infcription eft concûe en cés termes. 5

MAISON ET BUREAU DÉS MARCHANDS DRAPIERS DE CETTE VILLE DE PARIS.

Secondement il n’y a point de têtes de Lion dans la cimaife de l’Ordre Dorique les confoles C font beaucoup moins pédantes , & à la place de la tête de Mercure dur la porte du milieu ( attribut qui déligne le commerce ) , eft aulîi une condole. Les'dez des piedeftaux de 1 Ordre Ionique font liiîes , & les retours des crolîèttes D dont dup- primés Les pilaftrcs Attiques ne dont point ravallés, & leurs chapiteaux dont com- poles de feuilles d’eau avec un tailloir quadrangulaire ; les croidées 'de ce même Attique dedcendent judques fur l’entablement Ionique, les guillochis de delTus ces cioilees dont moins ornes , & les caffèttes de délions la corniche horidontale du fron- ton lont iupprimées. L’éculfon des Armes du Roi eft accompagné de branches de laurier & de chêne , au lieu de guilandes : enfin les vades de defllis les pilaftres Atti- ques ne s’y voyent point, auffi-bien que le comble qui n’étant point apperçû d’en bas , elt execute fans aucune décoration ni fîmétrie.

Ces légères différences , qui ne changent rien à la maflè , dont néanmoins autant d omillions qui ont ete faites lors de l’exécution ; ce qui donne lieu de croire que cette Planche a ete grave e fur les projets de Liber al Bruant , (a) qui donna les deflèms de cet eaifice , & qui de chargea de fa conduite vers le milieu du dernier fiecle

Nous avons trouvé de la fingularité dans l’ordonnance de la façade dont nous par- lons ; lans doute on doit regarder comme telle la trop grande ouverture des croidées du premier etage comparée avec le diamètre des pilaftres , le màffifaffeifté au milieu de ce meme etage pour contenir feulement les armes de la Ville , la fuppreflion des deux colonnes , a la place defquelles on a préféré des cariatides , le fronton circulaire bnie, pratique aind, pour y placer une figure alf.de d'une proportion gigantefque, d’un mauvais choix & d une execution médiocre , enfin le fronton triangulaire , non-feu-

chiïteïfede der„iPefSuol'H Pf™ Ari ides & Soldais de ce même Hôtel ; ainfi que

B

Burea* des Dtà- piers.

lement placé fur un Attique , mais dont la réitération trop prochaine de celui de def- l'ous , eft contre tout principe de convenance.

A l’égard de la contrainte dont l’Architeéle a ufé dans la'décoration de ce frontif- pice , nous remarquerons l’accouplement de l’Ordre Dorique , & nous dirons que l’exemple de cet édifice nous montre un des moyens dont nos Architectes modernes fe font fervi pour rendre poffible l’accouplement de cet Ordre , & quoique Bruant ait été le foui qui ait mis ce moyen en pratique, il n’en eft pas moins de quelque auto- rité. Pour y parvenir, il a diminué les pilaftres comme les colonnes, deforte qu’il n’y a que les bafos qui fe pénétrent ; autrement les chapiteaux auroient eu le même de- faut , ainfi qu’on le voit au portail des Minimes , par François Memfard , comme nous l’avons remarqué dans le Volume précédent. Nous avons faitvoir auffi dans le meme Volume , en parlant du Luxembourg & du portail de S. Gervais , par DesbroJJes , que pour éviter l’une & l’autre licence dont nous parlons ici , on eft tombé dans un autre excès , fçavoir , de rendre la dillnbution des metopes diffemblable 5 & qu au porti- que deVincennes, bâti par Le Veau, pour éviter tous ces inconvéniens ,cet Architecte avoit préféré de donner 17 modules au lieu de ïô a la hauteur de fa colonne, ce qui fait fortir cet Ordre de fon caractère. Il eft vrai que la diminution des pilaftres , donc nous parlons , n’elt pas un fyftême alfez univerfellement reçu dans l’Architecture pour le mettre en pratique fans quelque confidératlon particulière ; mais en general on peut dire que lorfque ces pilaftres ne font pas angulaires comme ceux du por- tail de l’Eglife du College Mazarin , cette diminution eft alfez tolérable , quoiqu’el- le foit coniîdérée par les plus célébrés Architectes comme une licence plus ou moins abufive , félon que l’édifice femble exiger plus ou moins de retenue.

Quand nous avons parlé de la beauté de la feulpture de ce frontilpice , nous avons entendu applaudir à la perfection des cariatides, dont on ne fçauroit alfez louer l’excel- lence & la beauté du travail , aulli-bien que celui des enfans & des Dauphins qui font au milieu & au pied de ces figures ; car on doit fe rappeller que nous avons blâmé ailleurs l’ufage des cariatides en général, dont la fervitude ici eft auffi contraire à la vraifemblance , que l’allégorie eft peu propre au genre d’édifice dont nous parlons.

Ces différentes obfervations nous conduifent à conclure qu’il ne fuffit pas que l’or- donnance d’un édifice foit finguliere pour plaire , que les contraintes auxquelles un Architecte s’aftujettit ne font pas regardées de meilleur œil , quand ces fujettions qui n’ont pour objet que des parties de détail , produifent un tout hors de proportion , & qu’enfin la feulpture la mieux exécutée , lorfqu’elle pèche contre la convenance , & quelle n’annonce pas des fimboles relatifs à l’édifice, n’a droit de plaire que fépa- rément.

Malgré ces obfervations, qui nous paroiifent fondées, l’édifice dont nous venons de faire la'defcription eft néanmoins un de ces anciens monumens qui s’efl: attiré le fuf- frage de la multitude , fans autre mérite réel que quelques beautés de détail qui ont fait fans doute oublier les malles & les rapports de proportion & de convenance , fans lefquels cependant il n’eft point de bonne Architecture. C eft ce qui nous détermine tt continuer de relever ferupuleufement dans cet Ouvrage toutes les licences qui fe rencontreront dans les bâtimens dont nous allons parler , fans pour cela négliger de faire l’éloge des beautés dont très-fouvent ces mêmes licences font accompagnées.

Llv. v, TST ii

IMMXff r ir- -**/-*—*.-

ARCHITECTURE

CHAPITRE

Defcription du Bâtiment de la Fontaine des Innocent , fit ni au coin des Rues S. Denis & aux Fers.

'Edifice que nous décrivons fut bâti en ijjo dans l’état on le voit auiour- - ^/,hul,; ™als.la conftruélion primitive de cette Fontaine eft fort ancienne , puif- tf"* que, félon le fentiment de plufieurs Auteurs, il en eft fait mention dans les Lettres Pa- tentes de Ph, lippe le Hardi , données l'an 1273 , à propos d'un accord fait entre ce Ro & le Chapitre de S Medénc Ce fut Pierre Lefeot (a) , Abbé de Clagny , qui don- na les deffeins de 1 Architeélure de ce monument, & Jean Goujon (b) fut chargé de

la fculpture, ouvrage regardé des Connoilfeurs comme un des chefs-d’œuvres de cet Art.

Elévation d’une des faces de la Fonthine des hnocens, du côté de la rue aux Fers.

Planche Première.

Cette fontaine , fituee à l’encoignure de deux rues , eft compofée de deux façades en retour d equerre 1 une contenant deux arcades & l’autre une feulement : ces ^arca- conjlP.n^sf^ns la hauteur d’un Ordre de Pilaftres Compofites , élévé fur un Pie- deltal & celui-ci fur un foubafTement. Au-deiTus de cet Ordre s’élev» un Attique couronné de frontons , ainfi qu’on le remarque dans cette Planche. Nous ne donnons pas ici 1 autre façade en retour , étant compofée d’une Architeélure femblable & enric- des mêmes ornemens & figures , qui ne différent de celles de la façade dont nous par- Ions que dans les attitudes. r

Cette Planche, anciennement gravée, l’eft avec afTez de fidelité, principalement pour ce qui regarde les bas reliefs , qui fans contredit font un des principaux mérites de ce bâtiment ; car on peut dire que l’Architeéfure , exécutée d’ailleurs avec pureté & pro- fii.ee d allez bon gout5 peche contre la convenance. Nous remarquerons à cette occa- fion qu’en général, quoique ce monument fe foit acquis jufqu’à prefent une grande réputation , les deux parties effentielles qui doivent caraétérifer un bâtiment aquati- que font omifes dans celui-ci ; fçavoir, d’une part l’application d’un Ordre viril, & de 1 autre 1 abondance des eaux, qui extérieurement devroient fe répandre avec plus de profufion , du moins dans certaines occafions. En effet dans cet édifice , ainfi que dans prefque tous ceux de ce genre qui font bâtis à Paris , l’eau ne s’échappe que par de petits mafcarons, qui bien loin de nous annoncer qu’une Riviere confidérable paife au milieu de cette Capitale , femblent au contraire nous perfuader que le terrein que nous habitons eft un lieu fec & ftérile. C’eft ce qu’il eft facile de remarquer dans le monument dont nous parlons , l’on ne voit que deux robinets qui diftribuent à peine l’eau aux habitans, & qui font placés du côté de la rue S. Denis , ceux qui fe voyent dans cette Planche ayant été fupprimés.

A l’égard de l’Architeéfure , on peut dire que fa délicatelTe n’eft pas du relfort d une Fontaine publique : ajoutons à cela fon peu de relief, fes refTauts trop réité- rés , la prodigalité de fes ornemens , remarquons même la fineffe & la grâce de fa fculpture qui dans toute autre occafion feroient un genre de beauté , mais qui ne peuvent ici etre eftimées que féparement , toutes ces richelfes n’ayant rien de com- mun avec 1 _°bjet elfentiel ; car on peut dire en général que cette élégance & cette exactitude dans la main d’œuvre , ne font propres que dans de certains ouvrages qui peuvent etre vûs de près , le talent de l’Artifte peut être apperçû , & tout

Ch WW r,rIer°nAde Cet Archi'efte « . écrivant le célébré Sculpteur dans le fécond Vol. pag. , l . notte (.,)

(b'i Noue ,,,nVT:',i - a^' P[e'?llcr i* S^ncore Volume. pag. 14p. 1 po , Note ( a ) &c. fans fçavoir rien de pal- ( ) Nous avons déjà parle de quelques ouvrages de ce ticulier jufqu’à prefent fur la vie de cet homme illuftre.

8 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li y, V.

l'édifice doit être préfervé des injures de l’air. Au contraire ici i’Architeéle a exhauflé =nr. ce travail recherché fur un foubaflement , pour le préferver fans doute de l’approche du vulgaire ; mais il n’a pas prévû que non-feulement ce foubaifement , d’ailleurs trop lille , par fa grande élévation , fert contre toute idée de vraifemblance à éloigner de l’qeil du Spéculateur cette merveille de l’art , qui dans ce genre ne peut compter de rivale que la fontaine de la rue de Grenelle , dont nous avons parlé dans le premier Vol. pag. 216. Chap. VIII.

Les arcades qui fe remarquent ici, font non-feulement trop grandes pour le dia- mètre de l’Ordre qui préfide à ce monument , mais femblent contraires à l’ufage d’un bâtiment hydraulique , dont l’enceinte doit être lermée,pour exprimer plus defolidi- té. Il n’en faut point douter , il eft un caraélere propre à chaque genre d’édifice , éta- bli par les loix de la convenance & les principes de la bonne Architecture. C’eft cette marque diftinélive qui feule ale droit de s’attirer l’ellime des connoilfeurs par l’idée qu’on doit fe former naturellement d’un bâtiment facré , public , ou particulier , ces differens édifices devant généralement annoncer par leur compofition extérieure l’u- fage auquel ils font deftinés.

On ne peut difconvenir néanmoins qu’il n’y ait des beautés de détail dans le mo- nument dont nous parlons , mais on doit obferver qu’il eft femblable à cet égard à la plûpart des édifices antiques , dont la perfection de 1 exécution a attiré le fuffrage du plus grand nombre. Prévenu par la richeftè & 1 abondance des ornemens qu’on a remarqué dans ces édifices , on s’ eft déterminé à les admirer , fans entrer dans l’examen des rapports du tout aux parties & des parties au tout. De-là il arrive tous les jours que les admirateurs de l’Antiquité , prennent fouvent l’ouvrage entier pour autorité , & qu’ils fe laiffent ordinairement furprer.dre par une forte d’enchan- tement qui les conduit à allier dans leurs productions des parties qui n’étant pas faites pour aller enfemble , préfentent une ordonnance peu fatisfaifante. Ces inad- vertances n’arrivent que trop fouvent, quoique ces admirateurs cherchent, difcnt-ils, à puifer leurs principes dans des exemples capables, à bien des égards, de former le goûtj mais encore une fois ils fe laiflent féduire par la totalité, fans entrer dans l’efprit des régies de la convenance. C’eft cependant cette derniere qui feule enfeigne le choix du caractère exprelîit qu’il eft indifpenfable de donner à chaque bâtiment & fans le- quel on s’éloigne toujours de la vrai-femblance &de la bienféance : confidérations eflèntielles à obferver néanmoins pour parvenir à l’excellence de fon art.

La façade que nous donnons ici contient différentes infcriptions , celles qui font placées dans les trois petites tables au deftus des impolies , auffi-bien que dans deux pareilles tables du côté de la rue S. Denis , font toutes les mêmes & conçues en ces termes.

FONTIUM NYMPHIS.

Dans une des tables du foubaflement marquée C , on lit cette infcription :

Quos duro cernis fimulatos marmorc fluélus Hujus Nympha loci credidit ejfe fuos.

Dans une pareille table , du côté de la rue S. Denis , eft la même infcription , & audeflous eft écrit :

1708.

DU REGNE DE LOUIS XIV.

Ce regard , un des plus beaux monumens de [antique , a été préparé pour contenir une plus grande quantité d'eau , avec un récipient plus élevé pouren donner aux quartiers les plus éloi- gnés de la Ville.

De la quatrième Prévôté de Mejfire Charles Boueher , Chevalier , Seigneur d’Orfay , Ù'c.

Cet

«MM

ARCHITECTE R E F H A N Ç OISE.Li v: V. " 5

Cet édifice , dont l’entretien avoit été fort négligé , fut réparé en 1708. Vers 1741 J on le propofa de le reftaurer une fécondé fois ; mais comme cette reftaura- tion auroit altéré la beauté de la fculpture en la regratant , on fit jetter bas les écha- fauds qui avoient été drelfés à ce lujet , & il fut décidé que l’on conferveroit à la pof- terite ce magnifique ouvrage fans aucune altération. Il en fut ordonné de même quel- ques années après à l’égard de la Porte S. Antoine, en faveur de la fculpture (a) que 1 on y voit , qui eft de la main de Jean Goujon , & qui paroilfoit avoir befoin de quel- que réparation , mais a laquelle par relléxion on n’ofà toucher , fe rappellant que François Blondel , en 1 660 , lorfqu’il fut chargé des additions qu’on fit à cette porte, préféra de conferver a la polterité cet ouvrage admirable plutôt que de donner à ce monument une ordonnance d’un delfein plus élégant en général.

On entre dans 1 intérieur de la fontaine dont nous parlons , par une petite por- te placée vers A , qui conduit à un efcalier qui monte au refervoir élevé à l’endroit marqué B , lequel diftribue l’eau dans les differens quartiers de la ville, & que nous n’avons point exprimé dans cette Planche étant anciennement gravée , ainlî que nous l’avons remarqué plus haut;

Profil en grand des principaux membres d’ Architecture du batiment de la Fontaine des Innocent,

Planche II.

Cette Planche préfente les principaux profils de l’élévation précédente mais comme en les examinant fur le lieu , nous avons trouvé quelque différence , nous les allons remarquer ici, après avoir obfervé en général que tous ces profils font , dans l’exécution, traités avec plus de légéreté, ce qui donne à cet édifice ce caraélere déli- cat plus propre à l’Ordre qui en compofe l’ordonnance , qu’à l’efpece du bâtiment dont il s’agit.

Ces différences confiftent dans le profil de la corniche du piedeftal A , dont la cimaife inférieure eft comme le profil B. L’entablement Compofite ne différé que dans le talon D, qui eft plus élévé aux dépens du lifteau de deflûs. La frife C, qui eft bom- bée, eft ornée de Dauphins alternativement placés avec des coquilles, accompag- nées de feuilles de refend ; cette frife auroit été plus analogue au fujet, fi l’on y eut préféré des feuilles d’eau : le quart de rond E eft enfin taillé d’ornemens connus fous le nom d’oves.

La corniche de i’Attique F eft beaucoup trop péfante dans ce deffein , voyez le profil G , d'ailleurs le gorgerin eft à plomb & non circulaire. En général nous ob- ferverons qu’à l’exception de ces inadvertances , qui fans doute viennent de la faute du graveur , les cottes marquées fur cette Planche font affez exaétes , ce qui nous a porté à l’inférer dans ce Recueil, ces mefures étant d’une néceffité indifpenfàble pour les perfonnes qui défirent s’inftruire de la route que les Architeéles du XVIe fiecle ont fuivie dans leurs produirions.

M Cette fculpture confilte en deuxfigures placées fur ques ; on confie à des hommes imprudens le foin d’illumi- la porte du milieu , l’une repréfente la Seine Sc l’autre la ner cette porte triomphale qui , en faveur des chefs-d’œu-" Marne : ouvrage inimitable , & pour lequel les amateurs vres dont nous parlons devroit être exempte de cette craignent toujours, lorfque dans les réjouiflànces publie marque d’allegreflè.

G

Fontaina des Inno- cens.

Tome 1IL

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

CHAPITRE IV

Description de In Porte S. . Denis Cf de In Porte S . AéLcirtm* PORTE S. DENIS.

DepfoS- L’une des infcriptîons de cette Porte nous apprend que cet édifice fût confacré à la gloire de Louis XIV par la ville de Paris , l’an 167a. On fçait auffi que ce fut F rançon Blondel (a) , célébré Architeae , qui en donna les defleins , & non Bulle t , comme quelques-uns l’ont prétendu , ce dernier n’en ayant ete que 1 appareiüeur , ainfi qu’on le lit dans le Cours d’Architeaure üe François Blondel, pag. 6 oy.

Elévation de la Porte S. Denis du côté de la Ville. Planche Première.

Cet édifice a été gravé dans plufieurs Livre' d’Architeélure , mas comme les def- feinsque nous en avons eu ju V* prêtent font trop infidèles pour en donner une,ufte idée non-feulement nous l’avons levé exadementfiir les lieux , mats nous avons vé- rifié les dimenfions que François Blondelnous en donne à la quatrième Partie de fon Cours d’Architeaure , Chapitre IV. page 622 , qui different affez confidérablemenc de l’exécution ; différence dont nous ne fçaurions pénétrer le motif , François Blon- del ayant fait imprimer fon livre quelques années après l’édification de ce monu- ment , & cette erreur étant trop confidérable pour pouvoir provenir de 1 appareil , de la pofe ou du ragrément , ainfi que nous allons le remarquer.

Tout cet édifice a 73 pieds 9 pouces de largeur fur 72 pieds 9 pouces de hauteur; non compris un focle continu qui couronne tout l’ouvrage : ce focle a 4 pieds 8 pouces de haut , & fert d’appui à la platte-forme pratiquée fur ce monument , ainfi qu’on le peut voir Planche II. Figure Première. Lalargeur de la Porte eft de 24 pieds 2 pouces fur 46 pieds deux pouces de hauteur : la largeur delà niche quarree eft de 3 1 pieds I pouce fur 49 pieds 6 pouces : proportion , ainfi que celle de la Porte , plus baffe que le double de fa largeur, quoiqu’il paroiffe que François Bicndel ait voulu la lui donner deux fois , (voyez ce qu’il en dit dans fon livre , page 623.) Sans doute , lors de l’exécution, il a mieux aimé donner moins d’élévation à la Porte pour procurer une plus grande hauteur à la table qui contient le bas relief qui fe voit fur

cette Planche. A , . ,

La hauteur de l’entablement , qui félon cet Architecte doit etre du lixieme de tout l’édifice , n’a cependant que 9 pieds 10 pouces au lieu de 12. Il en eft de meme

(,i) Nous avons déjà parlé de cet homme illuftre dans les Volumes précédens, particulièrement dans le Tome II. pag. t yo , nous avons promis de nous étendre davan- tage fur lis talens fuoericurs de cet Architecte, qui de fon vivant fut membre ae l’Académie Royale des Sciences , Maréchal des camps Ôc armées du Roi , ProfeHeur en Ma- thématiques 6c en \rchitcdure , 6c Direéleur de l’Acadé- mie Royale , Maître de Mathématiques de Monfeigneur le Dauphin. Sans compter plufieurs livres de Mathéma- tiques qu’il nous a donné , fon Cours ri'Architeélure, dont la plus grande partie a été didée de fon tems à 1 Acadé- mie , elt un ouvrage auffi utile que profond , 6c renferme une dodrine capable d’illuftrer dans les fiecles a venir l’homme fçavant dont nous parlons , 6c de former les plus célébrés Arufles. Ce livre , dont nos Arclnteétes ne fçau-

roient faire trop de cas , contient non-feulement la def- cription de plufieurs édifices que cet Architede a fait bâtir à Paris ôc ailleurs , mais encore de fçavantes difiertanons fur toutes les parties les plus intéreffantes de 1 Architedure* avec un parallèle excellent des plus célébrés Commenta- teurs de Vitruve, tels que Palladio, Vignoleôc Scamozzi, accompagné de remarques très-inftrudives fur les princi- paux édifices de la Grece ôc de l’Italie.

François Blondel naquit à Paris en 1624, &c y eft mort le 22 Janvier 1689 : indépendamment des ouvrages donc nous venons de parler , 6c qui immortalifent 1 habile hom- me dont nous failons l’éloge , on lui donne le titre de Con- feiller d’Etat dans le fécond Volume de 1 Hifloire del A- cadémie des Sciences, il avoit été reçu en 16 6$ en qualité de Géomètre.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li

despiedeftaux , quifeion lui doivent avoir le quart, qui fait i8pieds, & qui n’ont ce- pendant que 1(5 pieds 1 1 pouces : & ainfi de bien d’autres mefures qu’il a décrit dans fon livre par les rapports Géométriques & Arithmétiques , & qui different fenfible- ment de l’exécution; ce qui nous a déterminé à donner en particulier les cottes prin- cipales de ce monument.

Cet édifice a deux façades , l’une du côté de la ville , dont nous donnons ici le delfein , l’autre du côté du Fauxbourg, femblable pour l’ordonnance à celle dont nous parlons , 8c ne différant que dans les ornemens , ainfi que nous le remarque- ions dans fon lieu. Nous oblèrverons feulement ici que la fculpture dans ce monu- ment eft repartie avec beaucoup de diferétion , & quelle peut être regardée com- me un chef-d œuvre de cet art ; elle fut commencée par Girardon , 8c continuée par Michel Aneuierre .

Le Bas relief de deflus la Porte repréfente le paifage du Rhin à Tolhuis , à propos duquel François Blondel feplaint , p. 6iç) , de ce que le Sculpteur n’a pas fuivi fon fen- timent pour la maniéré de drapper les figures, fuivant ce qu’il en a enfeigné dans la fé- condé Partie de fon huitième Livre , chap. io , p. i<58. Du côté du Fauxbourg, dans une table de même forme, eft unautre bas relief repréfentant la prife de Maflrick, en 1673.

Dans la frife de l’entablement qui ëtt au de ces deux bas reliefs , eft une même infeription en gros caraétere doré conçue en ces termes ;

LUDOVICO MAGNO.

Voyez la proportion de cet entablement & l’alfemblage de fes profils , Planche IL Figure A.

Au-delfous des tables en bas relief dont nous venons de parler , eft une niche quarrée qui reçoit la porte , qui a pour Claveau la dépouille d'un lion , dont la tête & les pattes pendent furie lommet de l’archivolte, & dans les angles des niches quarrées font placées deux renommées en bas relief, qui femblent publier les victoi- res du Prince à la gloire duquel cet arc triomphal ,a été élevé.

Au bas des deux piédroits de cet édifice font deux Piedeftaux dans chacun def- quels on a percé une porte (é) de 5 pieds d’ouverture fur le double de hauteur. Au- delfus eft placée une table de marbre blanc qui porte des inferiptiens en caraéleres noirs , celle à droite eft conçûe en ces termes :

QU O D DIEBUS VIX SEXAGINT A

RHENUM, VAHALIM, M OSAM,

ISALAM SUPERAVIT.

SUBEGIT PROVINCIAS TRES,

CEPIT URBES MU NI T A S QU ADRAGINTA.

. Porte Denis.

(£) Ces Portes avoient été faites dans l’origine de ce bâ- timent pour le païïage des gens de pied. François Blondel fe plaint de la nécefiité de mettre ces percés dans ces piedeftaux & au-deüous des piramides , qui femblent avoir befoind’un foubafiement d’une grande folidité : cet- te remarque eft judicieufe de la part de l’Auteur.

Aujourd’hui que l’on a reconnu que la grande ouver- ture de la porte du milieu eft luffifante , on ne fait plus

«MfêSSg S*é^

EMENDATA MALE MEMOR1 BATAVORUM GENTE.

PRÆF. ET ÆD IL. PONI C. C.

ANN. R. S. M. DC. LXXII.

Les infcrlptions placées fur de pareils piedeltaux du côté du Fauxbourg font differentes de celles ç[ue nous venons de rapporter , les voici. Dans le piedeftal à la droite ,

P R Æ F. ET ÆDIL. PONI C. C.

ANN. R. S. H. M. DC. LXXIII.

H i

Dans le piedeftal à gauche ,

OUOD thajECTUM AD MOSAM XIII. DIEBUS CEPIT.

A côté de ces infcriptions & fur le retour fupérieur des piédroits des portes font des trophées d’armes en bas relief dans le goût de ceux du piedeftal de la Colonne Trajane.

Sur chacun de ces piedeftaux s’élève une piramide adaptée au mur : elles font polees fur un focle & furmontées d’un globe porté fur un petit amortiffement : la largeur inférieure de ces piramides eft à leur partie fupérieure comme 3 eft à i ;fur l'un de leurs focles d’un côté eft une figure Coloffale répréfentant le Rhin feus la figure d’un fleuve étonné , & de l’autre la Hollande fous la figure d’une femme affli- gée , affife fur un lion demi mort , qui d’une de fes pattes tient une épée rompue & de l’autre un trouffeau de fléchés brifées & en partie renverfées. François Blondel rapporte dans fon livre pag. 6 151 qu’il a imaginé ces figures au bas de ces pyramides à l’exemple , dit-il » des médaillés que nous avons d’Augufle & de 1 itus , l’on voit des » figures de femmes ajfifes au pied des trophées & des palmiers , qui marquaient ou la conquête de l’Egypte par Augufle , ou celle de la Judée par Titus ».

Au-deffus de ces figures s’élève dans la hauteur des pyramides des trophées anti- ques pendus à des cordons & entremêlés de boucliers chargés des armes des Pro- vinces , ou des Villes principales que le Roi venoit de fe Ibumettre en Hollande , lorfque la ville de Paris fit ériger ce monument à la gloire de ce Prince.

Notre Auteur rapporte encore qu’avant les conquêtes dont nous venons de par- ler , lorfqu’il fut chargé de faire conftruire cet édifice , il avoit projetté d’accompa- gner ces pyramides de trois rangs de roftres , pareeque , dit-il , premièrement ces ornemens ont beaucoup de rapport avec les armes de la ville de Paris , féconde- ment pareeque perfonne avant lui ne s’étoit avifé de défigner les conquêtes que Louis XIV avoit faites fur mer, & que ces ornemens aidés des infcriptions qu’il avoit compofées (r) à cet effet , auraient annoncé d’une maniéré fenfible les viéloires ma-

(c) François Blondel nous apprendl , page 610^ que torique par année des principaux événemens du régné de non -feulement les infcriptions de cette Porte font de Louis XI V.Circonftance qui ajoute un mérite eflentiel à la lui j mais qu’il donna aufii toutes celles des autres édifices haute capacité de cet Artifte, & qui prouve qu’il étoic élévés de fon tems & fous fa direélion , il a obfervé , aulîl excellent homme de lettres que grand Architeéle. principalement aux Portes de Paris, une efpece de fuite hif-

ritimes

ARCHITECTURE FRANÇOIS E, L i v. V. 13

ritimes de ce Monarque : il allure que ce projet avoit été fort goûté , mais qu’il ne put avoir lieu , parceque la Ville , dans l’édifice dont nous parlons , préfera d’an- noncer par des fymboles fignificadfs les viéloires qui venoient récemment d’être rem- portées par Louis le Grand,

Du côté du Fauxbourg font aufïï deux pyramides chargées de trophées , qui diffe- rent feulement de celles dont nous venons de parler , en ce qu’il n’y a point de fi- gures fur les focles , mais feulement des lions qui femblent les foûtenir , ainfi qu’011 le peut voir (*) dans la coupe & dans le profil , Planche II.

Quelques Architeéles ont prétendu que ces pyramides étoient peu propres à la décoration d’un arc de triomphe , & que ce genre d’ornement ne convenoit qu’à cel- le d’un catafalque , l’origine de ces ornemens ayant eu pour objet d’honorer la mémoire des morts , & qu’il auroit été plus convenable de pratiquer une table bail- lante dans la hauteur de chaque piédroit de cet édifice , fur laquelle on auroit inféré ces trophées : ces tables alors en forme de pilallres auraient pu être foûtenues fur les mêmes piedellaux , & auraient formé l’affemblage de plufieurs lignes parallèles , que l’obliquité des pyramides ne préfente pas ici. Quoiqu’il en loit , il eft certain que ce monument eft d’une grande beauté , & que la fermeté de fon Architecture & la fierté de fes profils mérite les plus grands éloges : on peut même avancer qu’il n’eft peut être point d’édifice en France qui porte un caractère plus viril & plus ca- pable de mériter l’attention des hommes qui fe deftinent aux arts , & d’attirer l’ad- miration des Connoilfeurs.

Coupe & face latérale de la Porte S. Denis. Planche II.

Cette Planche repréfente la coupe de cette même Porte , Figure Première , par la- quelle on voit les compartimens diltribués dans l’intrados de l’arc de la Porte la faillie des pyramides & la largeur de la platte-forme pratiquée fur le fommet de 'cet édifice.

La Figure deuxieme offre la face latérale de cette Porte , & indique l'épaifleur de ce monument , auflï-bien que les barbacannes qui éclairent l’efcalier qui monte de fond, dont on voit le plan dans la pile exprimée au-deffous de cette figure,

La Figure A donne le profil de l’entablement qui a de hauteur 9 pieds 10 pouces fur 4 pieds de faillie ; la hauteur de fa corniche, qui eft de 3 pieds 10 pouces, fe di- vife en vingt parties , quatre font pour la hauteur de la cimaife fupérieure , quatre pour celle du larmier , fept pour la hauteur du double modillon , & cinq pour celle de la cimaife inférieure. La frife a de hauteur 2 pieds 10 pouces : l’architrave , qui eft de 3 pieds 2 pouces , fe divife en 15 parties , cinq font pour la cimaife , cinq pour la première platte-bande , & cinq pour la platte-bande inférieure, y compris fon quart de rond & fon filet. r

La Figure B donne le profil de l’impofte , dont la hauteur eft de 3 pieds 4 pou- ces fur 1 3 pouces de faillie ; cette hauteur fe divife en 1 3 parties : trois de ces par- ties font pour la platte-bande inférieure , quatre pour la fécondé , une pour le ca- vet , deux pour la doucine & fes deux filets , deux pour le larmier & la derniere pour le filet & le lifteau fupérieur. r

La Figure C donne le profil de la corniche despiedeftaux,ellea de hauteur un pied 1 1 pouces fur un pied 9 pouces de faillie ; cette hauteur fe divife en dix parties: deux font pour la cimaife fupérieure , trois pour le larmier , une pour une portion du quart de rond de deftous avec fon filet , trois pour la doucine & fon grain d’orge , & la der- niere pour l’aftragale.

(*) L’élévation perfpe&ive de cette porte , du coté du Fauxbourg , fe trouve dans les Delices de Paris, par Pe- relle , Planche 5 On peut voir auffi dans le même Re ^ Tome III.

cueil, Planche 96, une élévation perlpeélive de la Porte S. Martin dont nous allons parler,

D

Porte Denis»

14

Porte S, Martin.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

PORTE S. MARTIN.

Cet édifice fut élevé & confacré par la ville de Paris à la gloire de Louis XIV , l’an 1674 , fur les delîeins de Pierre Bullet (a) , fucceflivement après la Porte S. De- nis , ce qui a fait croire à plufieurs que ce monument avoit été bâti fur les deffeins de François Blondel ; mais il y a une fi grande différence dans le goût d’Architec- ture de ces deux Portes triomphales, qu’il efï aifé de diftinguer l’ouvrage du maître d’avec celui de l’éleve : car quoique Bullet ait voulu, dans la Porte dont nous parlons, fuivre en quelque forte les dimenfions obfervées dans la Porte S. Denis, on ne re- marque néanmoins dans l’ordonnance de celle de S. Martin , qu’un caraétere de pe- fanteur au lieu de l’expreffion virile qui compofe celle de la P orte précédente , de forte qu’il n’y a point à fe tromper fur l’eftime qu’on doit faire de ces deux édifices comparés enfemble.

Elévation de la Porte Saint Martin du coté de la Ville.

Planche III.

Cet édifice ( b ) a de largeur J 3 pieds 7 pouces fur 5 3 pieas r pouce d élévation , y compris l’ Attaque continu qui régné fur la partie fupérieure de l’entablement & qui a de hauteur 1 r pieds.Ce monument ell percé de trois Portes en plein ceintre , dont celle du milieu ai 6 pieds 2 pouces fur 30 pieds 1 pouce. Les Portes collatérales ont chacune 8 pieds 1 pouce & demi fur IJ pieds 8 pouces & demi : les arcs de ces portes font foûtenus par des piédroits de y pieds 6 pouces & demi chacun , & font chargés de bolfages continus vermiculés , lefquels tournent en maniéré d’ar- chivolte àî’arc en plein ceintre- de la grande Porte : genre d’ornement ruftique plus propre en général à la décoration d’une Porte de ville de guerre , qu’à l’ordonnance d’une Porte triomphale élevée dans une capitale ; d’ailleurs ces ornemens donnent un caraétere de péfanteur à cet édifice , & ne doivent être employés que dans ceux qui par leur ufage demandent une folidité réelle & apparente.

Au-deffus de l'impolie & aux deux extrémités de ce monument s’élèvent deux corps en bolfages , de la largeur des piédroits de deffous : ces bolfages qui faillent de quelques pouces , lailfent un renfoncement qui occupe l’efpace compris entre le delfus de cette impolie & le deffous de l’entablement, enfemble la largeur qui régné depuis les corps de bolfages dont nous venons de parler jufqu’à l’extrados de l’arc de la grande Porte. Ces efpaces , d’une forme forme alfez ingrate , font ornés de ce côté , comme de celui du Fauxbourg , par des bas reliefs de l’exécution de Desjardins ( c j, Marjÿ (d) , le Hongre ( ej , & le Gros (/) , & repréfentent les principaux évé-

(а) Bullet fut deffmateur & appareilleur de François Blondel , ainfx que nous l’avons remarqué au commence- ment de ce Chapitre. Dans la fuite cet homme acquit une très-grande expérience, &c fit d’heureux progrès dans l’Ar- chiteélure. Voyez ce que nous en avons dit Tome II. page 513. Note (a).

(б) Le 7 Septembre 1747 , au retour de Louis XV de l’armée de Flandres , la ville de Paris fit eriger un arc de triomphe , peint fur toile & monté fur un bâtis de Char- pente des deux côtés de cette Porte : cette décoration feinte avoit de largeur 72 pieds fur S7 de haut, y com- pris un amortilfement pofé fur un Attique & foutenu du côté du Fauxbourg fur un Ordre de colonnes Ioniques de marbre coloré & les ornemens rehauffés d’or. Le cô- té de la Ville étoit décoré d’une maniéré plus ruftique, & furmonté de même par un grand amortifîêment , fuppor- tant dçs allégories ôc des attributs rélatifs au fujet : ces

décorations , dont j’ai donné les deffeins , furent exécutées avec fuccès par les fleurs Tremblin & Labbé , Peintres de la Ville.

(c) Voyez ce que nous avons dit de ce Sculpteur, Tome IL pag. y. Note (^),&pag. 1 72. Note (<7).

(d) Baltazar Marfy étoit à Cambray , & eft mort en 1707. Il avoit un frere nommé Gafpard, qui avoit moins de réputation , ce dernier eft mort en 1 6 7p.

(?) Etienne le Hongre a beaucoup travaillé à Verfail- les , il eft mort à Paris en i6<?o.

(/) Pierre le Gros a beaucoup travaillé pour le Roi , il étoit à Chartres , & eft mort à Verfailles le 1 o Mai 1714. Il eut pour fils le fameux le Gros qui mourut à Rome fort jeune , & qui y laiffa plufieurs morceaux de Sculpture qui vont de pair avec tout ce que les Italiens ont produit de meilleur en ce genre.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. u

neiïiens arrivés dans le tems de la conftniéüon de cette Porte, tels que la conquête de la Franche Comté , la prife de Limbourg , &c. &c. 1 m

Au-defiùs de ces bas reliefs , dans tout le pourtour de cet édifice , régné un enta- blement lequel a fix pieds de hauteur, & dont le profil e(l exprimé plus en grand fur la Planche quatrième. Figure A. Cet entablement, qui ale lixieme de hauteur de- puis le deflous de Ion architrave jufques fur le fol du pavé , ell compofé de trop de petites parties & ell trop chargé d’ornemens relativement à lafimplicité mâle de cette Porte.

Sur cet entablement s’élève un Attique orné à fes extrémités de deux pilaftres angulaires faillans , entre lefquels ell une grande table , dont la bordure ell enrichie de moulures & taillée d’ornemens , laquelle contient l’infcrïption fuivante , de la compolition de François Blondel.

LUDOVICO MAGNO, VESONTIONE SEQUANIS QUE BIS CAPTIS

ET FRACTIS GERMANORUM, HISP ANORUM, ET BATAVORUM EXERCITIBUS,

F R Æ F. ET ÆDIL. PONI C. C.

A N N O R. S. H. M. DC. L X X I V.

Du côté du Fauxbourg , dans une pareille table pratiquée dans le revers de cet Attique, on lit cette infeription.

LUDOVICO MAGNO, QUOD LIMBURGO CAPTO IMPOTENTES HOSTIUM MINAS UBIQUE REPRESSIT, PRÆF. ET ÆDIL. PONI C. c.

A N N O R. S. H. M. D C. L X X V.

Aux deux côtés de cet édifice font pratiqués de petits bâtimens, qui dans leur origine fervoient pour des corps-de-gardes , & qui aujourd’hui font loués à des ar- ufans; c’elt dans l’un de ces corps-de-gardes, à gauche, que l’on a Confirait un efcalier qui vient gagner celui à vis & à noyau evuidé , pratiqué dans l’une des piles angulaires de ce monument, ainfi qu on 1 a exprimé par des lignes ponéluées dans le plan qui ell au bas du delfein dont nous parlons. Cet efcalier a 7 pieds 7 pouces de diamé- tre, & avoir été, fait pour monter fur une platte-forme qui étoit anciennement a i extrémité fupérieure de cet édifice, ainfi que fe voit celle de la Porte S. Denis , Planche II. Figure Première ; mais comme l’on a reconnu que la charge confidé- rable de cette platte-forme nuifoit à la folidité , ( l’extrémité inférieure de ce mo- nument étant prefque toute percée à jour , ) on prit le parti il y a environ douze ans d enlever ia pieds de hauteur de ce malfif vers l’ancienne platte-forme, à la place de laquelle on a placé un petit comble à deux égoûts , tel que l’exprime la Figure première de la Planche quatrième, l’on voit le dévelopement de la coupe pris dans le milieu de ce bâtiment, aulfi-bien que les compartimens qui font dillri-

Porte S* anin.

ARCHITECTURE F R A N Ç.OI SE , L i y. V.

Porte S: Martin.

bues dans le pourtour de l’intrados de la grande Porte , laquelle a deparlleur 13 pieds 4 pouces.

La Figure deuxieme de cette quatrième Planche prélente la lace latérale de cet édifice avec la coupe d’un des anciens corps-de-gardes dans lequel eft pratiqué l’eft calier dont nous venons de parler.

La Figure A donne le profil en grand de l’entablement; fa hauteur eft première- ment divifée en quinze parties , trois font pour la hauteur de 1 architrave , cinq pour celle de la frife , & fept pour la corniche : cette derniere fe divife en fix , une pour le filet & la doucine de la cimaife fupérieure , deux pour la hauteur du larmier & pour la partie inférieure delà cimaife, deux pour la hauteur du modillon , y com- pris le talon qui le couronne & le filet qui le foûtient , & une pour le cavet. Le fo- phite du larmier eft orné de caffettes & de rofaffes entre chaque modillon ; la frife eft ornée de confoles, ainfi que nous l'avons déjà remarqué , dont la volute fupérieure prend nailTance dans le cavet qui fertde cimaife inférieure à la corniche. Ces con- foles font ornées dans leurs faces de deux canaux qu’il femble que Bullet ait imite , aulfi-bien que tout l’entablement dont nous parlons , d’après un entablement Com- pofé par Vignole , que l’on trouve dans fon livre , & que d’ Aviler , fon commen- tateur , nous rapporte dans fon Coati d Architecture pag. 1 29.

CHAPITRE

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

*7

CHAPITRE V-

Defcription de la Maifon de Madame la ComteJJe d'E/lradei , rue de Clery.

CETTE Maifon fut bâtie vers la fin du fiecle dernier fur les delfeins de Jean Riche,- (a) Architecte : elle eft occupée aujourd’hui par M. de Coullanges, Quoique ce bâtiment ne foit pas diftribué dans le goût moderne & que l’or- donnance des façades foit en quelque forte oppofée à notre maniéré de décorer , je ne me lafferai point de répéter qu’il me paroît important de mettre fous les yeux des perfonnes qui fe deftinent à l'Architeéture differens moyens d’arriver à la perfeétion. Si l’on regardoit la plupart des bâtimens élévés dans le fiecle paflé com- me inutiles dans ce Recueil , le public fe fercit trouvé privé des monumens qui pluS d,llonneur à nos Architectes François. Le Château de Maifcns le Periftile du Louvre , le Val-de-Grace & beaucoup d’autres édifices de réputation leroient dans ce cas ; cependant peut-on difconvenir que ce font autant de chefs- d œuvres dignes de la curiofité des Etrangers & de l’étude de nos Architectes ?

Il eft vrai que la maifon dont nous parlons eft bien inférieure en beauté à ces monumens ; mais on ne peut lui refufer un certain caraCtere de fimplicité Sc de noblefle dans fa décoration , de choix dans fes profils , & une fermeté d’expref- fion dans la diftribution des membres qui la compofent , qui fe rencontrent rare ment dans les maifons que nous élevons de nos jours. Sa diftribution, à la vérité n’eft pas fufcepuble des commodités qui font en ufage aujourd’hui; mais outre qu’il eft difficile qu’un édifice contienne toutes les perfections qu'exige l’Architeéture , com- bien d autres , tant anciens que modernes , à commencer par le Palais Royal au roient ne pas trouver ici leur place. D’ailleurs il faut fe reffiouvenir que l’objet principal de ce Livre eft de préfenter la plus grande partie des édifices de cette Ca- pitale & de fes environs ; qu’en conféquence on doit s’attendre à ne pas trouver les baumens qui k compofent toûjours également intéreifans , quoique cependant on an obferve de n’y en pas inferer un qui ne mérite quelque attention , & que cette idee feule nous au paru fuffire , parce que lorfqu’il s’agit de s’inftruire , rien n’eft vé- ritablement indifférent. Or pour que cela arrive, il faut certainement comparer puifque ce n eft que par l’efpm de comparaifon , qu’on peut eftimerle rapport des maires avec les parties d un batiment , afin de prendre ce qu’il y a de meilleur dans chacun ,& d en déduire comme autant de principes capables de nous conduire de plus en plus a la perfeétion de notre Art. Perfeélion qui au contraire femble décliner, parce que nos jeunes Architeétes négligent d’examiner avec foin nos diffe- rens édifices , & ce qu ils ont de louable chacun en particulier, quoique dans le tout il ne loientpas generalementeftimés. 1

Qu’on ne s’y trompe pas , une croifée d’une belle proportion , un avant-corps bien en rapport avec la d.menf.on de la façade , un pavillon bien amorti , un beau profil un efcalier heureufement difpofé , une cour d’une belle forme , enfin des ornemens dun beau choix fuffifent pour déterminer un homme déjà avancé à la recherche & al examen de ces différentes beautés de détail, perfuadé que c’eft le moyen le plus sur de parvenir a 1 excellence de l’Architeéture. > F

Je fens bien que ceux qui fe difent curieux & qui n’ont d’autre objet que d’amafTer des livres ou des eftampes , pour la plûpart aiTez mal gravées , feront peu touchés de

WTo°m?ÏÏr D0US aV°nS dit de CetArChite{le da“ Ie Chapitre premier de ce VolumePag. 3. Not.

E

Maifotl rue de Clery.

i8 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Li v. V.

Maifon ce que j’avance ; mais ce n’eft pas pour eux que j’écris. Ce fi pour les perfonnes de ciery, l’Art & pour ceux qui fans s’embarralîèr de quelques changemens faits dans un plan , ou de pareilles minuties qui n’importent qu’au Proprietaire , veulent s’inftruire , & cherchent à fe rendre compte des différens motifs , qui ont fait agir les Architeéfes du dernier fiecle & ceux de nos jours , afin de prendre une route moyenne , qui leur falfe éviter la péfanteur des uns , la trop grande légéreté des autres , & enfin cette défunion & cette difcordance qu’on remarque dans la plupart des bâtimens élévés par nos demi-Sçavans , qui n’ayant ni alfez de goût , ni allez de juftelfe pour puifer le vrai beau il fe rencontre , n’admirent que leurs compofitions , ou plûtôt méfeftiment tout ce qu’ils n’ont pas fait. Or comme il y en a quelques-uns parmi ces derniers qui ont ( par je ne fçai quelle fatalité , ) une certaine réputation , leurs productions monftrueufes , enfans du caprice & de l’ignorance , fervent en quelque forte d’autorité à nos élèves , ou , ce qui eft encore plus funefte , de modèle à la plu- part des perfonnes qui font bâtir , d’où naît le mauvais goût qui entraîne infenfible- ment la multitude.

Pour éviter ce déreglement je perfifte donc à foutenir que le meilleur moyen pour devenir habile &pour éviter toutes les inepties dans lefquelleson tombe tous les jours, eft de tout voir , de fe rendre compte de tout , de tout analifer , & enfin de ne négli- ger aucune circonftance & de prendre une connoiffance exaéle des différens genres de beautés répandues dans les édifices qui fe font élévés depuis la fin du quinzième fie- cle jufqu’àprefent. Car fans cette connoiffance il eft à craindre que vers la fin de celui- ci , nous ne fçachions plus faire que des garderobes , des belveders , de très-petites maifons , & enfin des ornemens frivoles dont nos édifices facrés & nos maifons Royales ne font pas quelquefois exemptes.

Plan du Rez-de-chauJJee. Planche Première.

Notre deffein n’eft pas défaire l’éloge de cette diftribution , il n’y a point de dou- te que ce Recueil ne contienne des maifons particulières plus commodes, d’une proportion plus agréable & difpofées avec plus d’intelligence. La maifon de M. d’Argenfon , celles de M. Guillot & de M. de Janvri , bâties fur les deficins de MM. Cartaud & Boffrand font fans doute préférables ; mais en confidérant qu’ancienne- ment on étoit dans l’ufage de bâtir les principaux corps de logis fur la rue , que d’ailleurs le terrain lur lequel eft; élévé cette maifon eft allez irrégulier , l’on trou- vera que la fimétrie qui régné dans ce bâtiment n’eft pas fans mérite , de forte qu’à l’exception de la forme de la cour, ce plan eft alfez bien conçu. Il eft vrai qu’il eût été facile de rendre cette cour moins irrégulière en abaiifant un mur perpen- diculaire du point A , ouC , de lamême inclinaifon que celui B. Ce mur aurait divifé la largeur de la cour & en aurait procuré une particulière à la petite maifon C , qui dans un terrain alfez borné , eftdiftribuée alfez ingénieufement.

Dans cet efpace nous defirons une cour particulière , on a pratiqué aujourd’hui une écurie pour quatre chevaux à la place de celle qui fe remarque dans la Planche cinquième , & dont on a fait une boutique ; de forte que la defcente en ram- pe , qui eft exprimée dans le plan dont nous parlons, eft fupprimée. Il eft vrai que cette nouvelle écurie avilit par fa compofition triviale la forme de la cour , mais ce genre d’inadvertance n’arrive que trop ordinairement aux anciens bâtimens auxquels on eft obligé de faire des augmentations ou des changemens qui déshonorent notre fiecle , foit par l’ignorance de la plûpart de ceux qui font chargés de ces fortes de travaux , Toit par la négligence , ou l'économie mal entendue des Proprietaires qui ordonnent les réparations. Nous remarquerons néanmoins que l’Architeéle a fçu ti- rer parti de l’inégalité du terrain de la cour pour donner un air de grandeur à fon

ARCHITECTURE FRANÇOISE, L j v. V. t9

édifice , & pour fe procurer une façade d une certaine étendue. ( voyez la Planche quatrième.^

Vlan du premier étage. Planche IL

. Plan > divifé en, deux Parties comme le précédent , compofe deux maifons par- ticulieres , qui ont chacune leur efcalier. La plus petite contient un appartement I autre en contient deux , qui ont un antichambre commune. Ces appartemens man- quent des commodités qui font fi fort en ufage à prefent , & dans lefquelles nos Ar- chitectes ont depuis environ trente ans montré beaucoup d’habileté.

On peut dire cependant en faveur des anciens appartemens que , quoique moins lulceptibles de degagemens que ceux de nos jours, la maniéré dont ils font ornés fort dans leurs plafonds , fort par la décoration de leurs lambris de revêtiflement les fait rechercher encore aujourd’hui pour la demeure des perfonnes de août Les Hotels Lambert de Tallard , de Carnavalet , &c. font autant de preuves de ce que ) avance. C eft fouvent pour cette raifon que nous annonçons quelquefois un bâti- ment , quoique d’une diftnbution peu intéreiTante , pour avoir occafion d’indiquer les beautés que ces appartemens renferment en fculpture & en peinture , fans com- pter que les parties extérieures de ces édifices méritent quelquefois une attention particulière de la part des Commîtes & une étude refléchie pour les perfonnes qui veulent faire leur capital des beaux Arts. Quelques obfervations que nous allons faire lur la façade du batiment dont nous parlons, juflifieront ce que nous difons ici.

Elévation du côté de la rue. Planche III.

. Co™me ce bâtiment eft divifé intérieurement en deux parties , cette façade con tient deux ouvertures de porte au rez-de-chauffée : chacune de ces portes eft ornée P ,x colo™es d’Ordre Ionique engagées & furmontées d’un entablement régu- lier, lequel eft profile avec fermeté , & qui fe fent bien d’avoir été tracé par une main habile Les portes font à platte-bande , ornées de chambranle & accom- pagnées apres es colonnes de corps de refend ; de forte que ces corps laiiTantun intervalle entre le fut des colonnes pour la faillie de leur bafe & de leur chapiteau produifent un renfoncement qui fait un aiTez bon effet. Manfred & Le Mercier ont rnine^ cette ordonnance dans leur frontifpice de l’Hôtel de Touloufe & du Palais

Les croifées du premier étage placées au-delfus de ces portes font d’une beauté de propoiuon& dune elegance qui égalent celles du Château de Maifons & cel- les du Palais du Luxembourg. Les accompagnemens & les croifées fupérieures au fécond etage , ne font pas (ans doute de la même beauté , étant divifées par de trop petites parues ; mais il doit paraître fingulier que ce que nous avons lieu de blâmer ici foitprecifementce que la plupart de nos Architedes imitent dans leurs com-

m °n FUt ^ remarquer da“ «ne partie des bâtimens

quon eleve a la Ville & a la campagne , & dont un grand nombre n’a trou- ver place dans ce Recueil a caufe des irrégularités qui fe trouvent dans leurs dé- corations extérieures , quoique d’ailleurs les dedans ne foient pas fans commodité oc lans agrément. r

Les arriérés corps de cette façade font ornés de croifées d’une proportion ate

lTfJftêmte T fanS bandeau- 1 Cette fimplicité donne du repos aux façades félon le fyfteme des Anciens ; cependant cette affeélation définit les parties , & cette defumon nuit aux malTes. Un motif afTez puiflânt a porté fans doute l’Architede a en ulei ainfi , c eft que quoique les chambranles ou bandeaux d’une croifée faite

Maiforx rue de Clery.

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rue de Clery.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

partie de la largeur du trumeau , néanmoins cette richeffe le divife , & parolt en al- térer la folidité , de forte qu’il n’en faut faire ufage dans l’Architeéture, que lorf- que les pleins peuvent être égaux aux vuides : proportion qu’on n’obferve guéres aujourd’hui par l’abus que l’on fait de trop éclairer l’intérieur des appartemens , de- forte que la décoration extérieure en fouffre au point qu’on peut à peine remarquer dans les façades de nos édifices quelques traces des proportions & des régies de la bonne Architecture.

Elévation du côté de la cour. Planche IV.

Le rez-de-chauffée , le premier étage & les pavillons de cette façade font d’une proportion très-agréable & exécutés d’une maniéré pure & correéte. Il feroit à dé- firer que l’étage Attique fut fupprimé ; mais dans une maifon particulière dont le terrain eft ordinairement reiferré , la néceifité de multiplier les etages fertd exeufè à cet exhaufiement , quoiqu’il nuife à la dimenfion de la façade , qui doit , autant qu il eft poïïible , conferver un rapport de hauteur rélatif à 1 etendue du bâtiment. On au- roit au moins lupprimer les frontons des pavillons , car ils ne peuvent etre autorifes qu’à l’extrémité fupérieure d’un édifice.

La lettre A exprime le mur de face qui donne fur la rue du Gros Chenet , vu en racourci. Une partie de ce mur eft interrompue dans les deux étages fupérieurs pour éclairer, par une terraffe, une anti-chambre dans l’intérieur du bâtiment. (Voyez la Planche II).

Coupe fur la profondeur du batiment. Planche V.

Cette Planche fait voir l’intérieur des étages du principal corps de logis donnant fur la rue de Clery , le mur delà cour donnant fur la rue du Gros Chenet ; elle pré- fente auffila coupe des remifes pratiquées dans le fond de la cour.

Nous avons dit qu’on avoir confirait de nouvelles écuries dans cette cour , elles font adoflees au mur A, n’étant plus en B : à la place de ces dernieres , on a par écono- mie fait une boutique. Nous n’avons point exprimé ici l’élévation de ces écuries , ni leur plan (dans la Planche première), étant, ainfi que nous l’avons déjà obferve , d une ordonnance trop négligée.

CHAPITRE

■— I—

ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V.

CHAPITRE VI.

Description de l Eglife des Augujlins DefchauJJe's , connus fous le nom des Petits Peres , près la Place des ViUoircs .

CETTE Eglifeen général n’eft pas d’une étendue confidérable , ni d’une dif- tribution fort ingénieufe ; mais une des raifons qui nous ont porté à en don- ner les defleins , c’eft afin qu’on puiflè trouver autant de variété dans le genre des édifices facrés dont nous parlons dans ce Recueil, que nous en avons déjà répandu dans les autres efpeces debâtimens. Elle fut commencée, l’an 1 629, fur les defleins de Galopin , Ingénieur ; Louis XIII. en pofa la première pierre le 9 Décembre de la meme annee , cette Eglife etoit fituée l’on voit aujourd’hui la facriftie. Ce fut peu de chofe dans fes commencemens : en 1 656 on bâtit celle dons nous donnons ici le plan.. Les fondations en furent commencées fur les defleins de Pierre Le Muet (a) , & elevées jnfqu’à H fauteur Je fopt P;Pcis hors de terre par Ubétal Bruant (b), enfin elles forent continuées par Gabriel Le Duc (f). Cet ouvrage néanmoins refta long-tems im- parfait, & ce ne fut que vers 1 an 1739 qu’il fût achevé dans l’état on le voit au- jourd hui , & qu on conitruifit a cette Eglife un portail fur les defleins de M Car- taud , Architeéle du Roi , dontnous avons parlé , Tome I. pag. 222. Cette Eglife en- tièrement finie fut confacrée par l’Evêque de Joppé,lei3 Novembre 1740

La diftribution de cette Eglife confifte dans une nef de trente-quatre pieds de largeur dans œuvre , for vingt-deux toifes cinq pieds de longueur , y compris le fanétuaire , & de quarante-neuf pieds de hauteur fous clef. Cette nef eft flanquée dans toute fa longueur de deux rangs de chapelles de quinze pieds de profondeur chacune , dont les murs de refend font percés & fermés de portes & de grilles de fer.

Ces portes enfilent celles collatérales du portail , & les Chapelles tiennent lieu de bas côtés à cette Eglife, deforte que par les deux porches intérieurs E , F , qui font de même grandeur que les chapelles , le peuple entre & fort indépendamment de la principale porte du milieu , dont l’ufage eft d’être toujours fermée d’un tambour ou porche de menuiferie , pour procurer plus de recueillement dans l’intérieur.

Nous avons recommandé dans le fécond Volume, pag. 38, de pratiquer autant qu’il étoit poffible un périftile ou porche extérieur à l’entrée des Eglifes , tel qu’à la Sorbonne du côté du College, à S. Sulpice , au Val de Grâce, &c. mais com- me il n’eft pas toujours facile de les mettre en pratique , principalement dans celles qui ne font que d’une médiocre étendue , à leur défaut on fe détermine à faire ufage des tambours dont nous parlons ici. Ce tambour fert de foubalfement au buf- fet d’orgues (/) , dont on voit la coupe. Planche troifieme : ( voyez auffi la décora- tion de ce porche dans le feptieme Volume. )

A feize toifes du portail , dans l’intérieur de ce monument, eft une croifée dont la

Plan de 1‘ Eglife des Petits Peres. Planche Première.

feurs , eft de Sclop , homme fort habile dans ce genre d’inf- trumens,

F

Tome III,

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

Ej;!ir.JM longueur contient toute la largeur de l’Eglife. A chacune des extrémités de cette je,. 1 ^ croifée font pratiquées deux chapelles , l’une de S. Auguftin , l’autre de Notre- Dame de Savone. Cette derniere eft toute de marbre & d’une allez bonne compo- lition : on prétend quelle eft exécutée fur les deiïèins de Claude Perrault dont nous avons parlé, Tom. II. pag. 57. Note (a)

Au milieu & dans la partie fupérieure de cette croifée eft une voûte Iphérique , qui s’élève de J 9 pieds au-defiùs du fol du pavé de l’Eglife. A la place de cette voûte devoit être un dôme fuivant le projet de Libéral Bruant ; mais par des confé- dérations particulières il fut lupprimé lors de l’entiere perfeétion de cet édifice.

Le chœur font les ftalles eft placé derrière le Maître-Autel , & n’eft féparé de la nef que par une grille baffe. Le fond eft à pans coupés , forme contraire à l'u- làge ordinaire , les plans circulaires femblant être plus convenables , ainfi qu’on le remarque dans toutes nos Eglifes Paroifflales ; mais il faut obferver ici que ce chœur n’avoit d’abord été confirait qu’en charpente en attendant que l’Eglife fut finie , & que depuis , pour rendre ce vaiifeau plus Ipacieux , on l’a laiifé fubfifter tel qu’il étoit.

A la gauche du chœur on a joint dans ce plan une partie des bâtimens dépen- dans du Couvent , tels qu’un veftibule , un grand efcalier ( ? ) , une facriftie (/). Tous ces bâtimens font conftruits avec folidiœ , appareillés avec foin & d'une dé- coration alfez bien entendue , quoique fimple.

Coupe fur la largeur de l’Eglife des Petits Pères ,prife dans le plan fur la ligne AB.

Planche IL

Cette coupe préfente toute la largeur de l’Eglife vue dans le milieu de la croi- fée , deforte que dans les deux côtés , entre les quatre gros piliers qui portent la voûte , on voit quatre tribunes qui égalent la profondeur des chapelles diftribuées fur la longueur de la nef. Ces quatre tribunes , dans lefquelles on monte par de petits efcaliers à vis exprimés dans la Planche Première , décorent avec fimétrie les ex- trémités de la croifée, & font d’un deffein de très-bon goût. Ces tribunes étoient compofees anciennement par Gabriel Le Duc , 3c ont ete reftaurées 3c miles en l’état on les voit préfentement par M. Cartaud. Voyez le développement d’une de ces tribunes rapporté plus en grand fur la Planche V. Figure IL

Un Ordre de pilaftres Ioniques de vingt-fix pieds de hauteur décore tout l’inté- rieur de cette Eglife. Cet Ordre eft élévé fur un focle d’un pied & couronné d’un entablement dont la hauteur eft entre le quart & le cinquième de l’Ordre. La corniche de cet entablement eft ornée de modillons , ornemens que Palladio a pré- féré aux denticules , mais qui ne conviennent cependant à l’Ordre Ionique que lorf- qu’il eft élévé feul dans un bâtiment, tel qu’il fe remarque ici : auflî M. Cartaud a- t-il préféré l’entablement denticulaire de Vignole dans l’Ordre Ionique du portail de cette Eglife , ( Planche V. ) pareequ’il eft furmonté d’un Ordre Corinthien , au- quel les modillons femblent être confacrés.

Les chapiteaux des pilaftres Ioniques dont nous parlons , font modernes, & à bien

& qui font tous excellons. Attenant ces galleries eft un cabinet de médaillés antiques de cinq fuites , placées fépa- rement , chacune dans fon armoire. Ce cabinet eft auflî orné de figures de bronze , de buftes , de vafes de mar- bre & d’albâtre , le tout antique. On y voit enfin une aflez belle colle&ion de coquilles , d’Eftampes rares aflez bien confervécs , & que le Bibliothécaire fe fait un plailîr de laiflervoir aux Curieux & auxConnoifleurs.

(/) La facriftie renferme une grande quantité d’orne- mens & d’orfévrie fort eftimée. Les dortoirs de ce Cou- vent font auflî ornés d’une grande quantité de tableaux peints par d’Olivet , & qui méritent quelque attention.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.

V.

*3

des égards il font préférables aux antiques. Les bafes au contraire font Attiques & Egi;rc non Ioniques. Nous détaillerons les raifons qui ont engagé à cette double préfé- rP“,“ Pe' rence , en décrivant la façade des Thuilleries du côté du jardin , Tome IV.

Ces bafes , comme nous venons de le remarquer , font élévées fur un focle d’un pied ; cette hauteur eft trop peu confidérable , furtout dans un édifice la multitude abonde , parceque la grandeur humaine étant ordinairement de J à 6 pieds, mafque une partie de la hauteur réelle de l’Ordre , & empêche de juger de fa proportion : on aurait donc éléver ce focle de quatre pieds au moins , s’il n ’étoit pas polîîble de lui en donner cinq ou cinq & demi.

Entre les gros piliers font placées les tribunes, on voit le choeur de l’Eglife, qui fera décoré de grands tableaux , dont quatre peints par M. Carie Vanloo (g) font déjà pôles. Ces tableaux font encadrés dans de la menuiferie foûtenue par un revêtement aulii de menuiferie , qui fert de couronnement aux dalles , le tout d’un delfein an- cien execute par Bardou , fameux menuifier du dernier fiecle.

Le Maître-Autel fepare le chœur de la nef : il ed exécuté à la Romaine , condruic de marbre , enrichi de bronzes , & c. & enfermé d’une grille de hauteur d’aopui. Au-deifus du grand arc qui précède le Maître-Autel , s’élève la voûte fphérique en cul de four dont nous venons de parier. Cette voûte ed portée par quatre pen- dentifs , qui prennent na.lfance a plomb des piladres à pans , qui font placés au rcz de^chaulfee dans les angles des quatre gros piliers. Cette voûte ed d’un galbe très méplat , elle ed ornee d’un gros cordon & enrichie dans les angles d’une agraire d un goût allez mefquin , aulîî-bien que les tables 8c les ornemens des pa- naches 8c du qui de four, qui font de l’exécution de Rebillé } Sculpteur.

Au-deflus de cette voûte ed exprimée la hauteur des combles de cette Eglife avec leur développement intérieur. La charpente de ces combles ed détachée delà maçonnerie pour^ empecher que fen poids n’adàifiè la voûte en pierre ; deforte que les principales pièces de bois portent lùr les murs de face & de refend, conf- truits d une épaiilèur fuffîfànte & rélative à la poulfée de ces combles & à leur équilibre.

Coupe fur la longueur de l'Eglife des Petits Peres , prife dans le plan [ùr la ligne CD.

Planche III.

Cette coupe montre le développement de toute la longueur d’un des côtés de l’Eglife ; A ed la coupe du portail , B la longueur de la nef percée de chaque côté de quatre arcades , dont trois contiennent des chapelles fermées de grilles , & l’au- tre fert de pafiàge pour entrer dans cette Eglife par les portes collatérales du por- tail. C indique la largeur de la croifée de l’Eglife , aux deux extrémités de laquelle font les chapelles de S. Augudin & de Notre-Dame de Savone,dont nous avons déjà parlé ; cette derniere, femblable à celle qui lui ed oppofée , ed exprimée ici. On voit en D les piladres à pans pratiqués pour, au-dedùs de leur entablement, porter les panaches de la voûte fphérique qui termine le milieu de la croifée. E ed le fanc- tuaire , F le profil du Maître-Autel , G le chœur dans lequel ed exprimée l’élévation des Halles , le lambris de revêtidement 8c la difpofition des tableaux qui doivent décorer ce lieu.

Au-deflus de 1 Ordre Ionique s’élève la voûte fphérique en plein ceintre de la nef & du lanéluaire. On y a pratiqué des croifées formant lunettes 8c féparées par des arcs, doubleaux , qui tombent à plomb de chaque pilaffcre. Ces arcs doubleaux font ornes de tables 8c de caflettes : on auroit les faire unis , ou les fubdivifer

(£•) Nous parlerons de ce peintre célébré dans le pre- mier Chapitre du Volume fuivant >en faifantle dénombre-

ment des habiles Artiftes à qui le Roi donne le logement au Louvre.

FçlireJei

Petit* Pe-

lit.

24 ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

moins , le fuft des pilaftres n’ étant pas cannelé. Le chantournement de ces tables imite la menuiferie , ce qu’il faut éviter; la voûte qui eft au-deflus du chœur eft de charpente couverte de plâtre , pour les raifons que nous avons rapportées page 22.

Au-deflus des voûtes de maçonnerie fe voit le dévelopement intérieur de la char- pente qui eft de même hauteur & de même alfemblage que celle delà Planche précé- dente.

Elévation du Portail de tEglife des Petits Peres. Planche IV.

Ce portail a 63 pieds de hauteur , non compris le fronton , & 75 & demi de largeur ; il eft compofé de deux Ordres de pilaftres , l'un Ionique , l’autre Corin- thien. Le diamètre du premier eft de deux pieds dix pouces , celui du fécond de deux pieds fix pouces , la hauteur de ce dernier étant égale à celle du premier , quoique plus communément on lui donne un module ou demi diamètre de moins.

Quoique la magnificence dans un monument facré femble être refervée pour les Cathédrales & les grandes Eglifes Paroifliales, & que l’économie doive au contrai- re préfider dans un édifice de l’efpece de celui dont nous parlons , cependant tous les Connoifleurs fe réunifient à défirer que dans la rcz-dc-chauflee de ce portail on eût préféré les colonnes aux pilaftres , le peu de faillie de ceux-ci paroiflant en général trop bas relief. Ce défaut fe pouvoit d’autant mieux éviter qu’il y a au-de- vant de ce frontifpice une place aflez confidérable en comparaifon de celles des Eglifes de S. Gervais , de S. Sulpice , de l’Oratoire, &c. qui à la vérité ne peuvent fer- vir d’autorité dans le cas dont il s’agit. D’ailleurs il faut obferver que l’entrée d’un.mo- nument dont la grandeur & la hauteur des voûtes font toujours fort au-deflus d’un bâtiment particulier, doit s’annoncer par les déhors, foit en n’employant qu’un feul Ordre , foit en donnant du mouvement à fa décoration , foit enfin en évitant trop d’uniformité dans fa compofition ; car malgré la retenue dont on doit ufer en pareille occafion , il faut cependant fortir , dans l’ordonnance d’un portail , du genre d’Architeélure qu’on employé ordinairement dans les bâtimens deftinés à l’habita-* tion.

Un avant-corps qui monte de fond & qui eft de 38 pieds & demi de largeur,' marque le milieu de ce frontifpice ; il eft percé au rez-de-chauflee d’un porte à plate- bande enfermée dans une arcade feinte ; toutes deux font d’une proportion trop courte & contraire à celle de l’Ordre Ionique , qui auroit leur donner le ton. (Voyez la proportion des différentes portes,dans notre Introduélion, premier Volume page 10p. ) D’ailleurs il falloit préférer une porte toute de menuiferie , qui eût rem- pli l’arcade en plein ceintre , & fupprimer l’Attique & l’inferiptionque nous rappor- tons ici, cette derniere auroit trouvé fa place au-deflus des petites portes collatérales:

D. O. M.

Virg. Dei-paræ.

Sacrum

Sub titulo de Vicloriis.

Pour donner à la porte réelle & à l’arcade feinte du milieu une plus heureufe proportion , on auroit enfermer l’arcade dans une niche quarrée , qui ayant ré- tréci leur largeur , leur auroit procuré une hauteur plus analogue à l’ordonnance Ionique , ainfi qu’on l’a pratiqué à l’Ordre fupérieur. Au-deflus de l’Archivolte eft fculpté un groupe de Chérubins portés fur des nuages ; ce groupe eft aflëz bien exécuté , ainfi que tous les ornemens de ce portail , qui font de Charles Rebillé & de Fournier , Sculpteurs de réputation dans ce genre.

Les deux portes collatérales placées dans les arrieres-corps font bien fupérieures à

celle

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. if

celles du milieu , leur proportion , la répartition des membres d’Architeéture qui tgiift les accompagnent , leurs ornemens , la correélion de leurs profils étant de toute rt™” beauté , ce qui nous a déterminé à en donner les deffeins plus en grand dans la Plan- che cinquième, Figure première.

Les pilallres des extrémités de l’avant-corps font écartés chacun de cinq modules; ils auroient être accouplés, & difpofés d'une maniéré plus ingénieufe , l’ac- couplement n 'étant difficile à mettre en pratique que dans l’Ordre Dorique , qui néanmoins a été préféré par le même Architeéle dans le portail des Barnabites, (Voyez le deffein de ce portail ,Tom. II. pag. ioo.

L’entablement profile fur les retours de ces pilallres , ce qui ôte il ce portail un caraétere ferme , toujours défirable dans un édifice du genre de celui dont nous par- lons : cette confidération faitpréfererfouvent l’Ordre Dorique à l’ionique , ce der- nier étant trop peu viril pour la décoration extérieure d’un Temple , à moins qu’il ne foit queftion d’un monument confacré à la Virginité , l’Ordre Ionique , côn- fidéré par les Anciens comme un Ordre Féminin , peut être appliqué avec con- venance. Il ell aifé de remarquer à S. Roch , à S. Gervais , aux Minimes, aux In- valides , à 1 Oratoire , &c. que l’Ordre Dorique , que nous defirons ici par des raifcns de bienféance , y a été préféré , quoique le plus fouvent il ait été éxécuté avec allé z de négligence , mais du moins fon expreffion (impie & virile remplit-elle l’idée qu’on doit fe. former de la décoration extérieure d’un édifice facré.

A chaque extrémité de ce portail , en voit un feul piiaftre qui ne nourrit pas allez les parties anguleufes de cet édifice , & quoiqu’il foit réellement folide par les corps d’Architeéture qui l’accompagnent , il a néanmoins befoin d’en avoir l’apna- rence par la diftribution des Ordres ; d’ailleurs les retours de l’entablement fur chacun de ces pilallres , & la pyramide qui s’élève au-deflùs , fervent encore à rendre cette ordonnance plus légère , ce qui ne peut être approuvé ici : c’eft pour- quoi il auroit été à délirer que ces pilallres fulfent accouplés. Sans doute que l'axe des portes collatérales ayant été, donné , il a été difficile d’éviter ce reproche , mais comme cette Eglife ell fans bas côtés , il faut convenir qu’il étoit polîible de tirer un meilleur parti de cette décoration extérieure.

L’Ordre Corinthien & fes acconipagnemens font alfez heureufement diflribués ,

& font un alfez bel enfemble avec l’Ordre Ionique de delfous ; on peut cependant obferver que la hauteur de l’Ordre fupérieur , qui ell égal à celui d’en bas , fait pa- raître celui-ci trop court. Cet inconvénient ne feroit pas arrivé , fi on eut donné un module de moins à l’Ordre Corinthien ; par-là le focle de dellùs l’entablement Ionique auroit été plus élévé , & fa hauteur réelle n’eût pas été mafqaée en partie par la faillie de la corniche Ionique.

L’entablement Corinthien retourne auffi fur les pilallres , ce qui produit un dé- faut de fimétrie dans la diftribution des modifions de fa corniche ; ces retours mê- me montent jufques dans le timpan du fronton , ce qui découpe l’ordonnance de ce portail & lui donne en général un air mefquin , qui n’approche pas à beaucoup près de l’entente & du caraétere exprelfif qu’on remarque dans les autres ouvrages élevés par le célébré Architeéle qui a bâti ce frontifpice.

Ces obfervations , toutes équitables qu’elles paroilfent , me font àppercevoir les écueils dont ell femée la carrière que je parcours ; je ne fens que trop que je me mets dans le cas de déplaire à prefque tous nos Architeéles : en effet foit que je les loue, foit que je les cenfure , puis-je me flatter de mériter leur approbation ?

Non fans doute : car telle ell la Angularité de l’amour propre , l’éloge le plus mar- qué paraît toûjours fort inférieur au mérite des hommes , au conjure ils regardent comme une fatyre la critique la plus légère ; mais comme je me voue au bien pu- blic, je ferai toujours trop heureux fi mon zele peut y contribuer, & fi en parti-

Tome 111. Q

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

ECürt de, culier quelques perfonnes , que je révéré , veulent bien rendre juftice à la droiture Pe““ fe' de mes intentions. J’ai d’autant plus lieu de l’efperer , qu’on a déjà s’appercevoir que ce n’eft pas une vaine démangeaifon de critiquer qui me conduit aux remar- ques que je me trouve obligé de faire , puifque je faifis avec plaifir toutes les occa- Cons d’applaudir , étant perfuadé d’ailleurs que rien ne fait plus d’honneur à un Ob- servateur que le refpeél qu’il témoigne pour les Artiftes d’un mérite véritablement reconnu , puifqu’il Semble que nous ne fçaurions être bien convaincus de ce qu’ils valent, que nous ne Soyons nous-mêmes de quelque valeur , & que l’eftime que nous faifons de leurs ouvrages , quand elle eft bien fondée , nous met en quelque forte à leur niveau.

Explication des Figures repréfentées Jùr la Planche V.

La Figure première donne en grand une des portes collatérales du portail : il Sera aifé d’en connoître les dimenfions par l’échelle ; à l’égard des profils de ces por- tes , on les trouvera plus détaillés dans le huitième Volume.

La Figure deuxieme donne auffi plus en grandie defTein d’une des quatre tribunes placées dans la croifée de l’intérieur de SEgiife. L’échelle de la Figure première eft commune à celle-ci , la gravure n’a rendre , à beaucoup près , la beauté de l’exécution de ces deux deffeins , mais j’ofe avancer que ce Sont autant de chef-d’œu- vres que l’on ne fçauroit trop examiner , pour Se former un goût jufte & pré- cis des régies de la bonne Architeélure , principalement la partie inférieure de la Figure première & la partie Supérieure de la Figure deuxieme.

Pii

:ljn.

Avec une

PLAN du liez, de ( haussée de l'Ecjlise des Petits Per es, près la Pince des TA claires, e partie des Balimens qui l'environnent, commencée a lu tir pur Gabriel le Due ef finie parÆ. ( arlmnl, AreJiileele du Roi

Jardin.

Rue

Nob-e -Dame

TJe/vires.

Parlietdieres .

L,v.TrNnri.pLj.

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COUPE SU R LA LARGEUR DE L EGLISE DES PETITS PERLS/RR1SL DANS LE PLAN

STTR LA LIGNE AB .

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COUPE SUlt LA LONGUEUR DE l' EGLISE DES

fur.

Pla/t et Elévation du Portail do [Eglise des- R R. PP. Æutusdns déchaussés ,

nonuna) les Petits -Per'es, près la Place, des Victoires, 'a. P arts ,vâti stades desseuls deJ M. CartaudfA rcJiitecte du Roy > en'lJ3 ÿ .

EcÀe//c de û i ô) 4 d 6- toises

ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i y. V.

*7

CHAPITRE VIL

Defcriptioti de L’ Hôtel de Touloufe , fitud rue de la Vrilliere , près la Place

des Victoires.

CE T Hôtel n’étoit auparavant qu’une maifon particulière , qui fut bâtie en 1620 furies deffeins de François Manfard (a) pour Raimond Phelipeaux , Sièiir d’Heriaut, de la Vrilliere & du, Verger , Secrétaire d’Etat. Elle fut vendue en 170; à M. Rouiller , Maître des Requêtes de l’Hôtel , &c. En 1713 , S. A. S. Monfei- gneur le Comte de Touloufe 1 acheta & y “fit faire des augmentations confidéra- bles, qui ne furent achevées qu’en 1719. M. de Cotte -(b) , premier Architeéle du Roi, en fut chargé. Cet Hôtel appartient aujourd’hui à M. le Duc de Penthievre 1 Grand Amiral de France , fils de M. le Comte de Touloufe.

Plan général au rez-de-chaujpe des bdtimens , cour & jardin de FHôtel de Touloufe. Planche Première*

Le principal corps de logis de cet Hôtel , ainfi que ceux deftinés pdur les Domefti- ques , etoient dans leur origine enfermés dans un terrain allez borné mais les ac- quérions que M. le Comte de Touloufe fit dans la fuite , fournirent les moyens d’éléver de nouveaux bâtimens, & d'y procurer toutes les commodités né- ce flaires : néanmoins l’obliquité des rues qui forment d’un côté l’enceinte des dé- pendances de cet Hôtel , a rendu les diftributions des baffes cours allez irrégulières, & a limité leur elpace ; ce qui a été caufe que l’on a été forcé de pratiquer fous terre la plus grande partie des écuries , dans lefquelles on defeend par les rampes A , A , & de partager les cuifines & les offices en différens endroits. Il eût été mieux fans doute de raffembler féparèment les bâtimens de la bouche , des remifes & des écuries , aufli-bien que le logement des différens Officiers attachés à la maifon ; par-là on eut procuré plus d'ordre pour le fervice , donné plus d’agrément au bâti- ment , & produit plus de fimétrie dans la diftributiôn du plan ; mais on n’eft pas toujours le maître d’acquérir un terrain régulier & fpacieux. C’eft pourquoi nous avons crû devoir donner le plan général de cet Hôtel , qui n’avoit pas encore été grave , afin de préfenter une idée de l’immenfité des dépendances qui font du ref- fort d’un édifice de cette importance, quoiqu’irrégulier , afin que dans d’autres oc- cafions , on cherche à appliquer avec plus davantage ces différens départemens , principalement lorfqu on bâtit à neuf ; car autrement on ne doit pas s’attendre à une régularité fcrupuleufe , ainfi que nous l’avons remarqué en parlant de l’Hôtel de Soubife Tome II , Liv. IV. Chapitre XVIII. ) qui s’eft trouvé dans le même cas lui dont nous parlons , pour ce qui regarde les baffes cours , &c.

Si la fujettion du terrain autorife en quelque forte l’irrégularité des baffes cours de cet Hôtel , les enfilades en général & l’uniformité de la décoration paroif- lent peu néceffaires , du moins cette irrégularité n’eft-elle pas excufable dans la diftnbution générale du principal corps-de-logis & dans l’ordonnance des façades. Cet Hôtel, en faveur delaricheiïe des dedans , fembloit exiger qu’on reconnût par ralpeét des dehors la magnificence intérieure, & que l’Architeéture extérieure annonçantes loix fondamentales de l’Art, que François Manfard a affez générale- ment obfervées dans toutes fes produétions , mais qui à bien des égards ont été né- gligées ici , ainfi que nous le remarquerons en fon lieu.

IT(? I,°yv " ,qT n0US aV0”S dk de C“ Archkefte > T‘ (*) Voyez ce que nous ayons dit de cet Alchitefle , T

11. p. 02. Mot. (a). I. p, 2 jj o. Not. (a).

Hétd de Touloufe.

I.

tes

K ; ;

Il

ARCHITECTURE FRANÇOIS E~ L i v. V.

HJitUs R‘en ne ^eroit fans doute plus agréable pour nous que de n être pas obligés de Touiouio. relever fi fréquemment les erreurs qu’on remarque dans nos bâtimens , mais je croi- rais manquer à mes engagemens , fi par quelque confidération particulière , je crai- gnois de taire appercevoir celles qu’ii convient même d’éviter dans nos maifons à loyer. Au refie nous croyons avoir déjà averti, que dans les obl’ervations que nous fai- fons fur les différens édifices, l’Auteur n’avoit abfolument rien de commun avec l’ou- vrage ; c’eft pourquoi fans vouloir diminuer la réputation des Architeéles , qui dans bien des occafions ont montré une très-grande fupériorité , & en fuivantle but que je me fuis propofé dans ce recueil , je me vois forcé de relever leurs inadvertances ; d’ailleurs la plupart de ces Arcbiteéles, en mettant leurs produélions au grand jour, ne Font ils pas permis tacitement, & ne fe font-ils pas en quelque forte lbumis vo- lontairement à l'examen que je fais ici ! Je ne puis donc me perfuader, qu’en in- diquant fans aigreur les licences dans lefquelles font tombés la plupart des nôtres , on m’impute quelques perfonaiités. Ainfi dans l’intention de faire éviter les défauts eifentiels , & non de cenfurer , je remarque qu’il étoit indifpenfable de mettre une ou- verture à la place de la niche B , afin que par l'enfilade CD , on eut découvert non- feulement l’intérieur de la cour , mais que les perfonnes qui occuperaient les appar- tenons du rez-de-chauffée , profitaffent d’un percé de plus de i yo toifes qui offre l’af- peél de la place , & celui de la ftatue de Louis XIV : monument qui devoit engager l’Architeéle à mettre tout enufage pour en procurer le cAip d’œil dans tout l’inté- rieur de cet Hôtel. En effet il n’eft pas concevable qu’on ait manquer ce point de vue ; il eft vrai que cette enfilade n’eut pas aligné le milieu du jardin , mais en affujettilfant la forme des charmilles à cet alignement CD , & à l’axe du jardin EF , elle n’eut pas moins produit un bon effet. Au relie cet axe , comme on peut le remarquer , donne auffi dans un trumeau vers F , plutôt que dans un percé ; irrégu- larité vicieufe ,& qui ne doit jamais être imitée, quoique ce même défaut fe trouve dans un de nos plus grands édifices , à Paris , ainfi que nous l’avons remarqué au Tome premier de cet ouvrage , page 26"/.

La diftribution des appartenons ell d’ailleurs affez bien percée ; les principales piè- ces font grandes & fpacieufes , l’efcalier magnifique , précédé d’un veftibule & d’un périllile , le tout décoré & orné relativement à la richeffe répandue dans l’intérieur de cet Hôtel.

L’aile de bâtiment en retour fur le jardin étoit ci-devant une orangerie au rez- de-chauffée , on y a pratiqué depuis quelques années un appartement privé pour Ma- dame la Ducheffe de Penthievre : cet appartement contient toutes les commodités relatives à fon ufage , & eft décoré avec beaucoup de nobleffe & de goût. Cette aile de bâtiment , dans laquelle, au premier étage , fe trouve une magnifique gallerie, dont nous parlerons dans fon lieu , devoit fimétrifer à une autre aile , dont on voit ici le commencement dans le piédroit G , qui fait parpin avec le mur de face , & qui eft auffi exprimé dans l’élévation du côté du jardin, Planche V. Cette aile devoit for- mer une gallerie qui aurait fervi de bibliothèque, & fa décoration extérieure aurait procuré une uniformité très-agréable au jardin , qui aujourd'hui eft terminé d’unepart par une façade de bâtiment , & de l’autre par une allée d’arbres.

Le nom des pièces défignées fur cette Planche annonce vifiblement leur ufage. Nous remarquerons feulement qu’on a fait des changemens dans quelques-unes de ces pièces , comme on le peut obferver en comparant ce plan avec celui de la Planche deuxieme , qui ayant été gravée anciennement , nous donne la diftribution du corps de logis dans l’état il le trouvoit après que M. de Cotte l’eut réparé en 1719 , & dont nous allons parler.

ARCHITECTURE FRANÇOI S E , Li v. V.

Plan au rez-de-chaujfée du principal corps-de-logis de l’Hôtel de Touloufe.

Planche IL

Nous remarquerons que la cour principale de cet Hôtel ell trop petite pourl’éten- Hôtel Jfe due des bâtimens, & que lorfque quelque confidération détermine à cette économie , To“louft: au moins faut-il proportionner la hauteur des bâtimens au diamètre des cours ; au- trement l’afpeét de l’édifice paraît trille , & l’intérieur des appartemens fombre : ce qui loin d’annoncer aux étrangers la demeure d'un grand Seigneur , ne leur pré- fente dans les dehors qu’une maifon habitée par un particulier. Nous obferverons en- core que les périftiles , qui font toûjours un bon effet dans une maifon confidérable , ne doivent néanmoins entrer pour quelque chofe dans la diflribution d’un plan que lorfqu’ils procurent des communications pour arriver à couvert dans l’intérieur des principales pièces : que fans cela cette dépenfe faftueufe efl plutôt uh abus qu’une beauté réelle , ainfi que nous l’avons obfervé en parlant de l’Hôtel de Soubife & du Luxembourg. Au relie il eut été facile d’éviter ici cet inconvénient , en faifant dégager ces périftiles dans les baffes cours; parce moyen les Maîtres feraient defeendus à cou- vert , & les équipages auraient communiqué dans ces mêmes baffes cours , fans être obliges de fortir dans la rue pour y arriver. Ces percés d’ailleurs auroient femblé procurer plus d’elpace à la cour principale , & auroient donné à connoître l’étendue des dépendances de cet Hôtel.

Le grand efcalier eft très-Ipacieux & décoré avec magnificence. (Voyez les c<3u- pes de cet efcalier dans le feptieme Volume.) Nous remarquerons néanmoins què fa fituation eft trop ignorée de l’entrée du bâtiment ; d’ailleurs , contre tout précepte de convenance , il eft placé à gauche. (Voyez ce que nous 'avons dit concernant les efcaliers dans l’Introduèlion , premier Volume , page 39. )

Les pièces fituées du côté du jardin , & qui pour la plûpart font comprifes entre deux murs de face , différent du plan précédent en ce que dans la grande anti-cham- bre, vers l’efcalier, on a pratiqué une Chapelle , & dans la pièce nommée Sallon , une chambre de parade, qui communique au nouvel appartement pratiqué fous la grande gallerie.

De la fille d’audience on a fait la falle des Amiraux , ainfi nommée parce que dans les lambris qui décorent le pourtour de cette piece , font encaftrés les portraits de tous les Amiraux & des Sur-Intendans de la navigation , au nombre de <5l , depuis Plurent de Varenne , jufquà S. A. S. M. le Duc de Penthievre.

Enfin de la chambre de parade , on a fait la falle des Rois de France , dans laquelle d’après les médailles , les ftatues & les portraits originaux , on a peint nos Rois de- puis la première Race jufqu’à préfent. Ces tableaux font auffi encaftrés dans les lam- bris du pourtour de cette piece.

Plan du premier étage du principal corps - de - logis de l’Hôtel de Touloujè,

Planche III. .

Ce plan a fouffert auffi quelques changefnens dans fa diflribution , mais comme ce n’eft que dans de petites pièces , nous ne jugeons pas qu’il foit néceffaire d’en faire ici mention.

La beauté des appartemens de cet étage confïfte dans la grandeur & dans la magnificence des pièces qui donnent du côté du jardin. On y trouve ce que les beaux arts ont fait éclorre dans le fiecle dernier de plus excellent dans tous les gen- res , foit en belles tapilferies & en meubles de très-grand prix , foit en bronzes , marbres , peinture , fculpture , &c. & quoiqu’ils foient d’un goût déjà un peu an- Tome lll. H

fi!

ARCHITECTURE F R A N Ç O I SE, L i v. V.

Hôtel Je cien , félon quelques-uns , ils font dignes néanmoins de l 'étude des jeunes Artiftes, de Touioufe. 1,attention des Connoiffeurs & de l'admiration des Etrangers. La grande gallene, en- tr’autres , dont nous donnerons une defcription détaillée & les décorations dans le fepdeme Volume , & dont on voit un arrachement dans ce plan , demande une

attention toute particulière. .

L’aîle qui eft à la droite de la cour a fouffert peu de changement ; celle qui elt à gauche a été entièrement reftaurée & embellie d’une nouvelle décoration II y a dans cette derniere aile un petit appartement privé pour M. le Duc de Pent.iievre , dans lequel font compris une Chapelle, une tribune, un oratoire , des cabinets, des garderobes , &c. le tout très-ingenieufement diftribue , & décoré avec une re- tenue qui ne le relient point du torrent du llecle.

Elévation de la façade de l'Hôtel de Touioufe du. côté de la cour.

Planche IV.

Cette Planche offre l'élévation du principal corps-de-logis du cote de hcour, avec la coupe des deux ailes oh font placés les pénibles au rez-de-chauffee , & une partie des baffes cours , qui fe trouvent comprifes fur la ligne AB , Bian-

L’élévation de la cour nous fait voir le trumeau qu’on a affeéle dans le milieu de cette façade , tant au rez-de-chauffée , qu’au premier étage , au lieu des perces que nous avons déf.ré ci-devant. Il eft vrai que dans cette Planche il paraît une crc.fee réelle au premier étage , mais dans la deuxieme & fixieme Planche , on reconnoit quelle n’eft que feinte , contre toute idée de vraifemblance. Au relie ce n elt pas ici la feule inadvertance que nous ayons à reprocher dans l’ordonnance de cette dé- coration. Nous remarquerons que le rez-de-chauffée de ce bâtiment tenant ici lieu de foubaffement , il étoit inutile non-feulement d’employer un entablement Dorique d’une diftribution irrégulière, mais qu’il convenoit aulli de fupprimerles deux pilaftres de cet Ordre , non-feulement parce qu’ils paroiffent chétifs , leur diamètre étant trop peu confidérable,mais encore parce qu’ils font feuls dans tout le pourtour de cette cour qui eft revêtue d’une Architeélure contraire à la fimplicité de cet Ordre & a Ion cara- tere viril. Doit-il paraître arbitraire d’affembler diflferens genres d Architeélure (eus un même entablement, & de mettre des percés, tantôt d’une proportion elegante, tantôt moyenne , ou tantôt maffive 1 Non fans doute. Que les formes de ces perces foient diffemblables , quand il y aura des avant-corps qui autoriferont cette variété , & lorfque l’on croira par défigner utilement les parties principales d un édifice , à la bonne heure ! Mais du moins eft-il certain , que fans cette cireonitance , U elt effentiel que chacune de ces ouvertures ait une largeur & une proportion unifor- mes , fans quoi le défordre tient la place de la fimétrie & de la convenance , & cer- tainement ce déréglement eft diamétralement oppofé aux principes du bon goût, <3C

aux réglés fondamentales de la bonne Architeélure. .

Ces remarques paroîtront peut-être un peu févéres , l’édifice dont nous parlons ayant été élévé par un homme du premier mérite , mais encore une lois , comment inftruire & fe taire ? Au relie une critique fondée furies principes de 1 art ne oit point paraître injufte , il n’y a que celle qui porte à faux qui puiffe bleller , <X je me garderai toujours de mettre de la partialité dans mes obfervations , qui lent , au- tant que je le puis précédées ou fume; d’éloges qui les rendent moins dures , d’autant mieux fondées que dans toutes les elpeces de bâtiment que je décris , il fe rencontre desbeautés conformes aux préceptes , & fouvent des licences qui ne font mifes en œuvre que par néceflité.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V. 3r

Le premier étage de cette façade eft généralement plus régulier, principalement Hit-uv dans les arriérés corps ; car nous remarquerons que les petites chaînes de refends, 1 les grandes tables , la moyenne croifée , enfin un certain caraétere péfanteur qui régné dans tout l’avant-corps , font autant de licences qu’il faut éviter , la con- tradiction dans une même ordonnance de bâtiment n’étant jamais tolérable.

Les lettres A indiquent les ailes en retour fur la cour, font exprimés les pé- riftiles dont nous avons parlé ; leur décoration intérieure eft traitée dans un goût affez convenable à leur ufage. On auroit cependant y fupprimer les confoles , ou encorbellemens qui foûtiennent la portée des poutres , foit en faifant les murs plus épais , foit en affeélant de former une calotte très-plate en plâtre , qui auroit terminé ces plafonds en maniéré de voûte , & qui en même tems auroit exDrimé une conftruélion & une décoration plus rélatives ces fortes de pièces ; fans com- pter l’avantage d’éviter les petites parties , qui dans les ouvrages conftruits en pierre , font toujours un effet défagréable & contraire au caraélere de folidité qui con- vient à cette matière.

La façade B montre la décoration d’une des baffes cours des cuifines , & la coupe C indique l’intérieur d’une des ailes , dans laquelle font diftribués les logemens d’une partie des Officiers de cet Hôtel.

La coupe D préfente une partie des garderobes , qui appartiennent à l’apparte- ment de parade placé au rez-de-chauffée. (Voyez la Planche première.)

Elévation de l’Hôtel de Touloujè du côté du jardin. Planche V.

Quoique cette élévation foit aiïujettie à une même hauteur d’entablement que !a précédente, elle en différé cependant en ce qu’on a fupprimé les trigliphes dans celui qui couronne l’étage au rez-de-chaulfée , ce qui donne plus de /implicite à ce foubalîement , & conferve d’autant mieux fon caraétere , que l’Ordre Dorique y eft fiipprimé. Cependant on peut remarquer engénéral quele trumeau affeété dansle mi- lieu de l’avant-corps , la diftribution de fes membres d’Architeélure & les écoinçons de fes encoignures , forment un contrafte condamnable , furtout quand on compare ces derniers avec la fragilité destrumeaux des arrieres-corps, & lorfqu'on leur oppofe la largeur immenfe de ceux de l’aile en retour du côté du jardin , ( Voyez la Plan- che VI. ) parce que cette diverfité d’ordonnances forme autant d’Architeétures diffé- rentes, qui ne doivent jamais appartenir à une même façade.

La pénétration que le linteau fupérieur des chambranles forme avec l’Architrave , eft encore une licence condamnable , ainfi que l’affeétation des arrieres-corps qui accompagnent le piédroit de ces chambranles. En effet ce double corps tend à divifer la largeur des trumeaux , qui étant trop étroits acquièrent une légéreté con- traire à l’apparence de la folidité ; car on doit faire attention qu’il ne fuffit pas que la folidité foit réelle dans un bâtiment , mais qu’il faut encore qu’elle fe manifefte dans la répartition des membres d’Architeélure qui ccmpofent fa décoration.

Il eft même à remarquer que ces arrieres-corps fervent à rendre trop fvelte l’ac- compagnement de chaque croifée , par l’affeélation des congés qu’on a placés fur chaque corniche au premier étage , fans oublier que ces corniches étant com- prifes dans l’architrave , procurent une aproximation vicieufe qui ne laiffe aucun repos à l’eiitablement , quoique dans tous les cas il doive être confervé libre fans aucune interruption. Pour rémedier à la forme déliée des trumeaux de l'étage fu- périeur , il auroit fallu fur l’entablement du foubaiîèment exprimer une retraite de iS pouces de hauteur , qui auroit marqué le fruit extérieur des murs de face , & qui en ayant racourci les croifées , auroit contribué à fortifier les intervalles qui doivent fe remarquer entre les vuides fupérieurs des croifées du rez-de-chauffée &

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv.

les appTis du premier étage ; d’ailleurs ces ouvertures au premier etage ayant ete Toul°ufe' racourcies pour leur conferver une proportion convenable , il en ferait refulte une plus grande largeur au trumeau , ce qui aurait évité tous les defauts dont nous venons

dE En général les combles font trop élévés fur ce bâtiment, ils paroiffent écrafer l'édifice , qui étant fimple, c’eft-à-dire compris entre deux murs de face, exige d’autant moins de hauteur que dans une maifon d’importance les greniers font mu- tiles , & même contraires à la convenance ; d ailleurs 1 exhauffement de ces com- bles ne fert qu’àobfcurcir la cour, qui occupant peu d efpace, demandait qu on cou- vrit le corps-de-logis à l’Italienne , ou du moins par des combles tres-peu eleves , ainfi qu’on l’a pratiqué fur les ailes de la cour. ( Voyez la Planche VI. )

A^ l’extrémité de cette élévation , on voit en A la coupe de 1 aile du cote du jardin, dans le rez-de-chau(Tée de laquelle on a pratique les appartenons dont nous avons déjà parlé. Au-delTus eft l’intérieur de la gallene , telle quelle etoit autrefois avant la nouvelle décoration qu’on y a faite en 1715) , & que nous donne- rons dans le feptieme Volume.

Coupe du principal corps-de-logis de l’HStel de Touffe, & élévation des ailes de Miment r du côté de la cour & du jardin. Planche VI.

La coupe marquée A eft'prife dans le plan ( Planche deuxieme ,) fur la ligne CD elle préfente la profondeur du principal corps-de-logis. L en voit au rez de chauffée la piece fur les lambris de laquelle font diftribués les portraits des Rois de France , & dont nous avons déjà parlé : on n’en a point indique ici la décoration , parce que toutes les Planches de cet Hôtel, ( à l’exception ce la première) ont ete eravée's anciennement. Au relie comme cette coupe eft petite , & 1 ordonnance de cette piece d’un deffein fort indifférent , ces changemens nous ont paru peu impor- tans La décoration intérieure de la piece du premier étage eft telle qu elle fe voir ici. Au-deffus eft exprimé le développement du comble dont nous venons de re-

TÎÜESïïSS du principal f

pofé àgauche de la cour ; c’eft ce dernier qui donne entree a tout 1 inteneur de ce bâtiment, ce qui afait fans doute préférer les arcades au rez-de-chauffee & qu.auro r porter à les feindre dans les arriérés corps de la principale façade du co ^ cour ( Voyez la Planche IV. ) Car , ainfi que nous 1 avons déjà observe , ce different genre d’ordonnance , fous un même entablement & dans un édifice de peu d éten- due produit de petites parties , dont la fimilitude répond imparfaitement a idee ™d,Soit fc former do 1. demeure d'un prend Seigneur. En efet, en ‘“I*

’> porte D . 1. myon eimel du Sprftaeur “bjf£X ,‘l ) 1 Md! i

pavillons F, & les arriérés corps G , (Voyez la Planche n ; la ordonnance , divifant les parties qui compofent la décoration de ces laça , P porte de la confufion , & ôte à ce bâtiment un certain air de grandeur qu un on Architeéle doit toujours affeéler, même dans les plus petites occafions qu il a d exer-

Les arcades du rez-de-chauffée de ces pavillons font trop peu élévées pour leur largeur; f, d’un coté le caraétere de foubaffement quon a donne a cet e âge ies aurarife, de l’autre, l’expreffion Dorique, qui en détermine i ordonnance e^ geoit une proportion moins ruftiqut e; car comment; al [lier cette p report fie avec la richeffes des trigliphes , la légèreté des corps der

lité des membres d’Architefture qui compofent les impolies , les archivoltes , les chambranles, &c. < Comment pouvoir enfin conciÜer la nchelle des ornemens

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vires commences en id$5 paï- en Due de la Fiieilla.de, ,P ait~ ’iere'e emô8Q sur les desseins de ' rintcnd des Bâtiment du a y.

C. (-r rouvre j de y Colonnes Dortyu. \ disposées en trianale y tu por/etcnl des corniches architraves s avec des ,r -- ni orù ssemens en i/o roc , sur les tjuels ebrient de.i Pan eau o: de Iranxe derré do r niou/tt y ut servaient a eclairer/j I yo lace rendant la nuit mais y tu ont | été détruit en i/id .

8 j/ io toises

AR CHITECTURE FRANÇOISE, Liv

des claveaux & des trophées qui fe remarque ici avec la péfanteur des trumeaux vtêt A <rè de ces pavillons , qui forme un contratle qu’il faut toujours éviter ? Le rez-de- ^ou,ouft'’ chaulfee des ailes marquées E eft traite avec plus de retenue, cependant nous obferve- rons que les aichivoltes n auroient pas retourner lur les impolies , que les tables des piédroits de ces arcades imitent trop la menuiferie , & que les niches & les bulles qui font placés entre chaque archivolte , expriment des cavités , & une ri- chelfe contraire à la limplicité d’un foubafîèment & à la virilité Dorique.

^.La lettre D indique la coupe de la porte de cet Hôtel , dont l’ordonnance du cote de la rue , eft regardee des ConnoiiTeurs comme un chef-d’œuvre de François Manfard. ( Voyez la décoration de cette porte dans le Chapitre fuivant, Planche deuxieme, &dans les Delices de Paris , Planches n j 8c 114.)

L aile. B du cote du jardin annonce une partie de la façade , qui comprend dans ion intérieur, au rez-de-chaulfée, le nouvel appartement de Madame la Duchelfe de Penthievre , ( Voyez la Planche première ) & au premier étage , grande gallerie de cet Hôtel , dont nous avons déjà parlé. Cette façade eft traitée extérieurement dune maniéré relative à fon ufage primitif. Le rez-de-chaulfée eft décoré d’arca- des, de grands trumeaux, dénichés, &c. qui expriment la folidité apparente & necelfaire a une piece qui , dans fon origine , étoit deftinée à former une orangerie ,

& qui d ailleurs a toujours fervir de foubalfement au premier étage , dont l’in- terieur, renfermant une piece décorée de grands tableaux, avoit aüffi befoin de trumeaux fpacieux pour les y diftribuer en dedans d’une maniéré convenable. Nous remarquerons cependant , en général , que l’ordonnance de cette façade, dont les mallds font conliderables , eft compofée de trop petites parties , qu’il falloit au moins continuer les piédeftaux des niches du premier étage , pour fervir d’appui auxcroi- fees, qui defcendant jufques fur la corniche , forment une difcontinuité des parties horizontales , qui nuit à 1 uniiîon. D’un autre côté les impolies continues des arca- des du rez-de-chaulfée divifent avec trop d’égalité la hauteur du foubalTement , en- fin les tables affrétées dans les piédroits & autour des archivoltes , font un abus qu’on devroit éviter dans une Architeélure grave 8c régulière.

Tome JH.

ARCHITECTURE F R A N ÇOI S E , L i v. V.

CHAPITRE VIII-

Dcfcription de la Place des Villoires , Quartier Montmartre.

ETTE Place fut confacrée à la mémoire de Louis XIV, par le Maréchal _ Duc de la Feuilladc. Ce Seigneur ayant acheté , en 1685 , l’Hôtel de Semcterre , engagea le Corps de Ville de Paris à acquérir l'Hôtel d’Emery & plufieurs. autres maifons , afin d’ériger de concert ce monument public à la gloire du plus grand des Monarques que la France ait jamais eû. Jules Hardouin Manfard, dont nous avons parlé Tome II. p. 141. Not. a, en donna les deffeins. Le fieur Prédot fut chargé par le Corps de Ville de l’exécution des bâtimens qui entourent cette Place , Sc le Maréchal Duc de la Feuillade confia à Desjardins , Sculpteur célébré , celle de la Statue pédeftre qui eft au milieu & dont nous parlerons dans fon lieu.

Cette Place , une des mieux percées de Paris , eft néanmoins d’un diamètre très- peu confidérable , en comparaifon de celle de Louis le Grand & de la Place Roya- le • mais en faveur de fes iiïùes & du quartier vivant elle eft lituée , elle l’em- porte de beaucoup fur celles que nous venons de nommer.

Plan de la Place des Viftoires. Planche Première.

Cette Place , de forme circulaire pour la plus grande partie , a de diamètre qua- rante toifes ; elle eft ouverte par fix rues qui viennent y aboutir , dont celle des FoJfés Montmartre , celle de la Feuillade & celle des petits-Champs, ont une longueur très- confidérable : ces rues qui répondent à différens Quartiers de la Ville , annoncent de fort loin au peuple le magnifique monument qui décore cette Capitale.

L’Hôtel de Touloufe,fitué en face delà petite rue de la Vrilliere , qui aligne celle desFoiïes Montmartre , contribue auffi beaucoup à rembellilTement de cette Place, auffi-bien que plufieurs autres beaux Hôtels , dont les entrées font pratiquées fur le mur droit qui conduit de la rue du petit repofoir à la rue vuide-gouiîèt , du nombre defquels eft célui de M. de S. Albin , Archevêque de Cambrai (a) , & dont la porte principale eft marquée D dans ce plan.

Au milieu de cette place fut élévé le 18 Mars 1686, la Statue pedeftre dont nous venons de parler. Elle porte 1 3 pieds de haut , & eft foûtenue fur un piedef- tal de 1 2 pieds d’élévation. Ce piédeftal eft de marbre blanc veiné , & de forme quadrangulaire , enfermé dans une elpace de trente pieds de diamètre , pave de marbre de couleur à compartiment , & bordé d’une grille de fer d environ cinq pieds de hauteur.

Cette Statue eft couronnée par la Renommée , pofée fur un globe. Louis XI V eft revêtu de l’habit que portent nos Rois à la cérémonie de leur Sacre , & femble fouler aux pieds le chien Cerbere, dont les trois têtes defignent la triple alliance formée par les ennemis de la France. .Tout ce groupe eft de métal dore à 1 huile : il a été , ainfi que les ornemens du piédeftal, compofé & execute par Desjardins , Sculpteur de l’Académie Royale , dont nous avons déjà fait mention dans le IL Volu- me ,page 1 y 2. Note a. La Figure pédeftre, la Renommée & fes attributs ont ete cou- lés d’un feul jet, & Ton prétend qu’il y eft entré environ 30 milliers de matière. Sur le plinthe qui foûtient ce groupe , eft cette infcription :

(a) Cet Hôtel a apartenu autrefois à François de l’ Ho- Il’paffa enfuite à Madame Chaumont , & enfin il a ete puai du Halier , Maréchal de France : il fut enfuite ac- acheté par M. de S. Albin, qui a fort embelli cet Hôtel quis par Simon Arnaud, Marquis de Pomponne , &c ; après fur les deffeins de Gilles Oppenort , un des plus grands fa mort il paffa à fon fils, qui , en 1 7 1 4 , le vendit à Mi- Deffinateurs que nous ayons eu , & dont nous avons parlé c/if/ UcHflier» Tréforier Général des Etats de Languedoc. Tome II. page _55). &fuiv.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, L i v. V.

3>

VIRO IMMORTALI.

Le piédeftal dans fes quatre faces eft orné de bas reliefs ; fa corniche efl ioûtenue par huit confoles , entre lefquelles font les armes du Roi. Au-deffous de ce piédeftal eft un foubaifement dans les deux principales faces duquel font aufft deux grands bas reliefs , accompagnés d’infcriptions latines & Françoifes ; nous ne rapporterons que celle qui fert de Dédicace , & qui explique leiujet de tout l’ouvrage.

LUDOVICO M A G N O ;

PATRI EXERCITUUMj . ET DUCTORI SEMPER FELICI.

Domitis hostibus. Protectis sociis. Adjectis

IMPERIO FOR-TISSIMIS POPULIS. ExTRUCTIS AD

TUTELAM FINIUM FIRMISSIMIS ARCIBUS.

OCEANO ET MEDITERRANEO INTER SE JUNCTIS,

PRÆDARI VETITIS TOTO MARI PlRATIS.

Emendatis legibus. Deleta^Calviniana

ImPIETATE. CoMPULSiS AD REVERENTIAM

NoMINIS GENTIBUS REMOTISSIMIS. CuNCTIS

QUE SUMMA PROVIDENTIA ET VIRTUTE

DOMI FORISQUE COMPOSITIS.

FraNciscus Vicècomes d’Aubusson, Dux de

LA FeuILLADE , EX FrANCIÆ PaRIBUS , ET TRIBUNIS

EQUITUM UNUS , IN AlLOBROGIBUS PrOREX, ET

Prætorianorum peditum præfectus.

Ad memoriam posteritatis semfiternam

P. D. C. i68d.

Aux angles du foubaflement , fur quatre corps avancés , font autant d’efciaves de bronze antique , de r 2 pieds de proportion. Ces efclaves paroiftent enchainés au pié- deftal, leurs vêtemens & leurs attributs font connoître les différentes Nations dont France triompha fous le régné de Louis le Grand.

Tout ce monument eft d’une belle exécution & d’une compolîtion très-ingénieufe. Ne pourroit-on pas trouver cependant qu’en général les allégories , les attributs & les infcriptions y font un peu forcées ? Il femble , & je crois l’avoir dit ail- leurs , que les aérions d’un lieras défignées par des bas - réliefs lîgnificàtifs , devraient paroître fuffifans pour exprimer les fimboles d’un monument élevé dans une Capitale , le centre de la politefle Françoife : & que des infcriptions , lorf- qu’elles font peu mefurées , fervent plutôt à montrer l’o(lentation ridicule des Citoyens , que les vertus fociales que nous enfeigne l’urbanité. Quoiqu’il en foit , ces infcriptions , qui ont été rendues publiques par pluiieurs Auteurs , furent com- pofees par François Séraphin Régnier Defmarêts , Secrétaire perpétuel de l’Académie Françoife , & préférées ( par un zélé indifcret de la part de M. le Maréchal Due de la Féuillade ) à celles qu’avoit fait fur le même fujet , le célébré Santeuil.

Ce Maréchal s’étoit auffi chargé de faire éléver aux quatre coins de cette Place

Place deé Viâoiresi

A R C H I T ECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

Place du autant de (b'), groupes de colonnes, portant des fanaux de bronze doré, qui ont v“So,,“. fubfifté jufqu’en 1718 , mais qui dès 1699, ne s’allumoient plus , la famille du Vue de la Feuillade , qui par une fondation exprelTe avoit été chargée par le Maréchal de l’entretien de ces fanaux & du groupe qui eft au milieu de la Place , ayant obtenue un Arrêt du Confeil d’Etat du Roi qui la difpenfa à l’avenir de cet entretien. Dans la fuite , elle obtint un autre Arrêt qui lui permit de faire démolir ces quatre fa- naux , ce qui fut exécuté. Le Duc de la Feuillade , fils du Maréchal , donna les ' colonnes qui les foûtenoient , & qui étoient de marbre de rance , aux R R. P P. Théa- tins de Paris , pour la décoration du chœur de leur Eglife ; mais comme elles fe font trouvées trop grandes , iis en ont difpofé autrement. Sur les piédeftaux de ces colonnes étoient aufll des inferiptions , & dans des médaillons fufpendus dans les entrecolonemens , on voyoit des bas-rélrefs , qui répondoient aux inferiptions. Nous ne les rapporterons pas ici, on les trouvera toutes dans Piganiol , Tome II. page 480 : d’ailleurs elles font étrangères à notre objet principal.

Elévation de la Place des Vifloires , vue du côté de l’Hôtel de Touloufe.

Planche II.

L’élévation que nous donnons ici eft prife dans le plan fur la ligne EF ; elle eft élévée géométralement fur fon plan circulaire , deforte qu’on voit en racourci une partie de l’ordonnance de fon Architeéture ; mais comme à l’égard des murs de face , cette ordonnance eft la même dans tout le pourtour de cette Place , quelques entre-pilaftres vus direftement , donnent à connoître les proportions des différentes parties qui compofent fa totalité.

Par le moyen de ce racourci, l’on voit le retour des deux rues des Petits-Champs &de de Feuillade, dont la décoration n’a rien de commun avec celle de la Place, mais dont l’afpeét fait fentir l’impolîîbilité qu’il y a eu d’obferver une certaine régularité dans fes côtés oppofés , puifqu’il ne fe trouve à gauche delà petite rue delà Vrilliere, que quatre arcades & autant de croifées , pendant qu’à droite il y en a fix , & qu’après ces deux rues , dans la grande portion de cercle , on compte quinze ouvertures d’un é , & de l’autre treize , ( Voyez la Planche I. ) fans néamoins que dans l’exécu- tion cette irrégularité paroiffe choquer , le lieu étant affez vafte & le nombre des portes & des croifées , en général, affez confidérable. Dans le milieu de cette façade, on voit la porte de l’Hôtel de Touloufe , que nous n’avons pas donnée dans le Chap. précédent , ayant averti page 33 , qu’en la trouverait ici.

L’Architeéhire de cette Place eft d’une belle ordonnance , un grand Ordre de pilaftres Ioniques, qui embralfe deux rangs de croifées, s’élève lùr un foubaffe- ment, & eft terminé par un comble àlaManfarde, percé de lucarnes , qui vont fe répofer fur l’entablement. Cet Ordre a de hauteur 30 pieds, y compris le fo- cle qui le foûtient & fon entablement. Ce dernier a le quart de la hauteur du pilaftre , le foubaffement a les deux tiers de toute la hauteur de l’Ordre dans les endroits les plus élevés de cette Place , dont le fol n’a être de niveau , à caufe de l’écoulement des eaux des rues adjacentes. De grandes arcades , tant feintes que réelles , décorent le foubaffement. Les piédroits font ornés de refends , & les claveaux de têtes d’une affez belle exécution. Entre chaque pilaftre , au premier étage , eft diftribuée une grande croifée à plate-bande , furmontée de corniches , foûtenues par des confoles & couronnées d’un congé qui femble porter la croi- fée de deffus. Le bandeau fupérieur de ces derniers vient fe terminer fous 1 archi- trave , dont la faillie eft rachetée par de petites confoles. En général ces confoles

pitre. Voyez auflï l’élévation perfpeétive de cette Place dans les Délias de Fais , Planche lia.

ainfi

(b) Voyez ces groupes de colonnes marqués C dans la Planche I, & leur élévation. Planche II. de ce Cha-

ARCHITECTURE FR A N Ç O I SE/lÏ v.' V. ^

amfi que celles de deffous , font ici de trop petites parties , & ne répondent nas à la grandeur de 1 Architeélure , dont la (Implicite louable ell très-bien du reffort d une Place publique ; mais nous rappellerons que pour éviter que le deffus du cham- branle ne touche au-delîous de l’architrave , il aurait fallu faire les croifées fupé- rieures plus petites , elles en auroient mieux pyramidé , & elles auraient laiffé autour d elles un champ , qu il convient toujours d’obferver entre deux corps d’Architeélure difterens. On auroit du auffi élever le focle qui reçoit les bafes , afin de procurer aux croiiees , qui pofent fur le foubalfement , des baluftrades au lieu de balcons- genre d’appui qui ne convient point abfolument à la décoration d’un édifice d’im- portance, malgré 'exemple du Palais du Luxembourg, les croifées, que l’on a delcendu jufques deffus 1 entablement Dorique pour y mettre des balcons, font un bien moins bon effet , que celles auxquelles on a confervé les baluftrades ou les an- puis continus. x

Je Æais bien qu on n eft pas toujours le maître d’employer des baluftrades au lieu de balcons, & que le rapport des hauteurs des croifées avec leur largeur gêne très-fou- vent , mais comme les parties doivent engendrer un beau tout, il eft°indifpenfable a un Architeéte , avant que de terminer fon ordonnance générale , de prelfentir fi les maires compteront des détails heureux & relatifs à la convenance de l’édifice. Oi ici les croiiees d en haut font un peu trop grandes , de on a mis à celles de de deffous des balcons au lieu de baluftrades, mais ces deux efpeces de licences peuvent en quelque forte être autorifées à la faveur des diftributions intérieures des batimens de cette Place. En effet comme ils font occupés par différens Proprié- taires , il n’eft pas naturel d’exiger, comme dans toute autre occafion , une analogie absolument relative entre l’intérieur & l’extérieur , parce que chaque Locataire a befom ieparement dune lumière fuffifante , qui reponde à l’ufage de l’appartement qu il occupe. rr

C’eft fans doute pour procurer plus de commodité dans les dedans de ces mai- fons particulières , qu’on a introduit au-deffus du grand Ordre des manfardes au lieu de baluftrades, qui auroient beaucoup mieux réufti. Il femble qu'en pareil cas pour affujettir les diftributions intérieures à la décoration de la Place , il faudrait ta- cher de loger les domeftiques dans des corps-de-logis , ou dans des allés particu- lières , afin que la partie fupérieure d’une Place publique répondit à l’ordonnance gé- nérale , & s’il eft permis de faire ufage des combles dans un monument de l’efpece de celui dont nous parlons , ce ne doit être que dans une Place où, par quelque con- fideration particulière , on devra faire choix de bâtimens à boutiques, pour un marché

des halles, ou autres maifons deftinées au commerce; encore convient-il de ne pas”

percer ces combles en manfardes par des lucarnes conftruites en pierre mais de les faire en charpente , principalement lorfqu’on fait régner un cheneau de plomb au lieu de locle de maçonnerie , parce qu’alors le cheneau ne pouvant porter les’ lucarnes en pierre il en réfulte toujours un défaut de vraifemblance , quoiqu’on lente bienqu elles font pofées fur un plan plus réculé.

On a exprimé fur cette Planche les anciens groupes de colonnes dont nous avons parle au commencement de ce Chapitre, & qu’il eut été à propos de ne jamais lupprimer. 1 r J

Place des Viâoires.

Tome J II.

K

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

Contenant la defcription du Palais Royal , du Château deau, & de la Maifon de M. d’ArgenJon.

description du palais royal.

1 E T édifice fut commencé en 1629 pour Armand Jean du PieJJis , Cardinal de V J Richelieu , qui le fit éléver fur les deffeins de Jacques le Meraer (a) , habile Architecte de fon tems. Les bâtimens de ce Palais furent d abord peu confiderables ; mais dans la fuite ce Cardinal étant devenu premier Mimftre, on en augmenta l'étendue , ce qui fe fit à différentes reprifes , fource fans doute de 1 irrégularité de fes diftributions. Dans fcn origine , ce Palais fut nomme Hôte de Rtmlicu , quel- que tems après Palais Cardinal, & enfin Palais Royal nom qu on lui donna lorf- qu'Anne d’Autriche , Régente du Royaume , Louis XI V , & le Duc d Anjou fes fils, en prirent poffefficn , en faveur de la donation que le Cardinal de Richelieu en fit à S M en 1630, & qu’il ratifia à Narbonne en 1642. Dans la fuite par confid'érat'ion pour la Ducheffe d’Aiguillon la Reine confentit que 1 mfcription de Palau Cardinal , qu’on avoir ôtée de deffus la porte , y fut replacée , telle qu on la voit encore aujourd’hui. On donne toujours cependant a ce Palais , le nom de

FatoJs XIV , ayant pris les rênes de l’Empire , céda ce Palais à Philippe de Fran- ce fon frere unique , pour en jouir fa vie durant ; mais en 1692 , Sa Majefte le donna en propriété à Philippe d’Orléans , Duc de Chartres fon neveu ; de forte qud a toujours appartenu depuis à la Maifon d’Orléans , qui 1 habite aujourdhui, & qui y fait faire aftuellement des changemens tres-importans , ainfi que nous lob- ièrverons en fon lieu.

Plan general des Jardins du Palais Royal. Planche Première.

Ce jardin n’a que 1 66 toifes de longueur fur 75 de largeur , cependant , mal- gré uni fi petite Rendue , il ne laiffe pas que de paraître fpacieux , & d etre tres-fre- quenté étant libre prefque partout, & les perfonnes qui viennent s y promener , y trouvant un couvert fort agréable ; d’ailleurs la propreté avec laquelle * ^ tenu contribue à y attirer nombreufe compagnie, qui procure aux appaitemens un

C°En di730fa' ce^ardin fut diftribué , tel que nous le voyons aujourd’hui , fur les def- feins de^ Mift) , Architeéle du Roi , & neveu du fameux le Nautre. Au- îems QL ni. iaejg 1 d a r. reffentoit de l’ignorance ou ion etoit

e,” •£ ««« <1. « dT m™ ,

partie, auffi-bien qu’un mail, un manege, &c. A prefent il ne ancien jardin , que la grande allée de maromers marquée A, prodmt vert impénétrable aux rayons du Soleil, & qui ne contribue pas peulete cette promenade une des plus riantes de Paris. _ , i-c r' d’avoir

Ce jardin eft entouré de maifons particulières , qui ont tou L ;r & jes

des jours deffus, & des communications pour la promenade. Ces mations &

vj a 1 n~ Vnve7 ce Que nous avons dit de cet Architeéle , T.

(a) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte ( ) >

dans le T. 'II. en parlant de la Sorbonne, page 7 6.N. (é>). I. pag- & 23

architecture Françoise, liY.v.~

‘ué F A n'ST u’ &nt Prf,cedees drun treilV de douze pieds de hauteur

de ’l 1 f 6 d!tS baUmenS d T V,f0n fiX P'cds- CeS treilVs élévés Par- ue jufqu a la hauteur des premières branches, fervent à mafquer l’irrégularité des batunensqu, entourent ce jardin, & qui étant afTez differementre eux, nuifent à a îmetne neanmoins comme ces bâtimensfont fort élévés , ils jouilTent par def- fu la tete des arbres de l’afpetft du jardin, & du bon air qu’on y refpiref ce qui

en ÏP J madbnS f°™ fort, ^cherchées. Quelques Statues & quelques Termes gaine, de pierre , fculptes par Henri Lcrambcrt & par Coifcvox fon éléve

bi'T ?, t‘ j; ‘f d<f°" dc i“Æ"- vi L dibefïïld

« be„i T 1“ d'“ «« ™u d'un ireiUa-

fl , hauteur d aPPUJ auffi-bien que les tapis (e) verds , autour defquels font plan- tes de ormes en boule, qui dégagent toute l’entrée de cette promenade d/côté

1 de JL P,f ^ -rc'1Iage mardué ^ des tilleuls taillés en palhîade! ce jardin àL P ^ ^ Cf ^ °nja P^atl<lud dans toutes les maîtrelfes allées de naturel! XCeP“°n de la Srande a^e marquée A, qui forme un berceau

noràorf^orné i^lée du rlieu, Cft un ,P°rtIcll’e de treillage d’une heureufe pro- portion, orne dune grande niche circulaire , & de deux autres quarrées plusne

mes , exécuté fur les delfeins de M. Defgots. Les deux côtéTT cène aule font occupes par des quinconces. Au milieu font des falles découvertes, dans lef-

CT dlftnbiUeS deS baj CS, ; ,°n a eLU foin d'en Placcr auffi dans différens endroits de ce jardin pour la commodité du public (d).

AUl |ngles dc Ce, jardin en eft un Plus Petit » entouré de grilles de fer & deftine a la promenade particulière du Duc de Chartres. Ce jardin con- fite dans un parterre de broderie à la tête duquel eft un baffin ; dans un bofquet fa h II '"f -ranS ,differrent5es Plate bandes de fleurs, & dans des allées; ornées dans la belle faifon de vafes & de cailTes d’orangers placées alternativement (e)

On a exprime fur cette Planche le maffif des bâtimens , la forme des cours ad)acentes & les martès des maifons particulières qui environnent ce Pa- lais. Il nous relie a faire obferver , qu’indépendamment de la principale entrée du cote de la rue S. Honoré , il y en a trois autres ; l’une marquée C fqui donne ans la rue des Bons Enfans , l’autre D, par la rue de Richelieu, la derniere E dans la rue neuve des Petits Champs , pour faciliter l’entrée & la fortie du jardin.

inchne l’arrofoir, & abreuve le gazon à diferétion , , félon le befoin Cette dépenfe, qui n’elt pasconfidérablc

np nniirrnir-ollo -i ...

(ç) Ces tapis verds font entretenus avec un foin tout particulier. En 4{é on a ia précaution Jg jes arrofer

ce qui fe fait d’une maniéré fort ingénieufe. Je ne crois ne nnurrLLÏlLr" 4U‘ ■! C1E Fascommerablc

pas hors de propos d’en parler ici en faveur de ceux qui de fa ttrfè fin T emp °yer « lle",'cnt pour les bie, l’ignorent. x 1“ Ungulierement pour les légumes , les pota

Dans le gros tuyau de plomb qui défend du refervoir du

UhSteau d eau dont nous parlerons dans «Chapitre, & qui pafli fous 1 allée du milieu de ce jardin , en font bran- chés deux autres , terminés par des rohinets. Près de ces robinets eft foudee une vis de cuivre, dans laquelle en j In.ff0“alte “"c autre attachée fortement à un boyau de cuir de 3 o toifes de longueur , plus ou moins , & de deux pouces de diamètre, qui s’affemble de 24 en 24 pieds avec de pareilles vis. Au bout de ce boyau s’attache une pomme d arrofoir de cuivre & vidée f de forte qu’en ouvrant le rohinpr (înnrnn™. i a u i 1

t - -- suivie oc vmee, ae îorte qu en

ouvrant le robinet dont nous avons parlé, l’eau du tuyau de plomb, qui vient du réfervoir placé à 30 pieds d’é- levation eft chaflée dans ce boyau, qui par fa dexi- . ,e rePf/- ^ £a*°n , & obéit au mouvement qu. lui donne le Jardinier. Celui-ci avec fes deux mains , S- aide d un homme éloigné de lui d’environ $ pieds ,

gers , les vergers , &c ?

(d) Depuis quelques années on a permis de louer d< chairs dans la grande allée de ce jardin, ce qui attii des différons quartiers de cette Capitale , une foule c perlonnes des deux fexes, & procure aux Etrangers u coup d œil qui ne fe rencontre point ailleurs, & qui e aulh hnguher ^que riant. Dans les grandes chaleurs, o

acceffibLgranQe ^ CC qUl rCnd CettC Promenade PIc

(0 Voyez le deffein de ce jardin plus en grand dan le plan du rez-de-chauffée , PI. II. Nous obferverons qu comme ce jardin ne laifle pas que de contenir un certai nombre d orangers , & que la ferre du Palais Royal el tres-peu confidérable , on tranfporte ces arbres vers 1 milieu de l’Automne dans un jardin particulier ,rué Ste Anne , ou eft eléyée une ferre allez fpaeieufe pour le contenir. r

P.ilais

Royal.

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Palais

Royal.

ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V.

Plan général des bâtimens au re z -de- chauffée du Palais Royal.

Planche II.

Les bâtimens de ce Palais font très-confidérables , ils font compofés de plu- fieurs corps-de-logis féparcs par des cours , dont les deux principales font II- tuées à peu près dans le milieu du terrain qu’occupe ce Palais , mais la dimen- fion irrégulière des unes & des autres , prouve allez que la diftribution dans le liecle dernier n’étoit pas aulli-bien entendue qu’aujourd hui , & que quelque attention qu’on apporte dans les augmentations d’un édifice commence pour un Hôtel , il eft difficile dans la fuite d’en faire un Palais exempt de licence capi- tales, Celui des Thuilleries , le Louvre , Verfailles , Fontainebleau , font autant de preuves de ce que j’avance. En effet , pour réuffir il faut dans le commencement d’un projet concevoir l’idée générale d’un édifice , tout ce qu on y ajoute apres coup •rarement fe lie bien avec le relie ; d’ailleurs les Architeétes chargés de continuer ces édifices , fe prêtent difficilement a la difpolition des ouvrages com- mencés , & bâtiffent félon leur goût & leur génie : on peut faire ce reproche à tous nos Architééles , même du fiecle dernier , à l’exception de François Blondel , & de François Manjard, dont l’un,- dans la rellauration de la Porte S. Antoine, l’autre , dans les augmentations de l’Hôtel de Carnavalet , ont fçu , en hommes ha- biles & qui connoiifoient le beau , conferver toutes les parties eftimables , au pré- judice d’une compofition qu’iis auroient fans doute rendue plus convenable , s’ils avoient été les maîtres de traiter à neuf ces deux monumens.

Le Palais dont nous parlons fut commencé par Jacques le Mercier , ainfi que nous l’avons déjà dit ; Hardouin Manjard a fait enfuite les grands appartemens de parade & la grande gallerie : Gilles Oppenor les a décoré , Mrs. Legrand & Car- raud y ont fucceffivement fait des changemens , M. Contant en fait aujourd’hui de confidérables , & cependant , malgré la capacité de ces Architeéles , il eft à craindre que cet édifice ne forme jamais un bel enfemble. Il y régné un air de pefan- teur dans les façades , & un défaut de fimétrie dans les diftributions , qui révolte- ra toujours les Connoifieurs. Les dedans , à la vérité , lont capables de dédom- mager les amateurs de l’irrégularité & du mauvais goût de l’extérieur , & ce!

eft

en leur faveur , que nous avons cru ne pouvoir nous difpenfer de donner dans ce recueil les deflèins de cet édifice , dont nous ne pouvons raifonnablement faire l’éloge , pour ce qui regarde la difpolition en général , & la decoratiçn extérieu- re en particulier, auffi n’en ferons-nous pas une defcription très-detaillee. Nous nous contenterons feulement, & pour faire éviter à 1 avenir quelques défauts qui fe trouvent dans ce plan , de remarquer que la première cour eft trop peu con- lîdérable pour l’étendue des bâtimens qui compofent ce Palais ; que la fécondé eft d’une proportion trop quarrée , quoique plus fpacieufe , & plus fupportable par le moyen des percés pratiqués dans le mur quifepare cette cour d avec es jar- dins. Je dis plus fupportable , parce que nous avons reconnu ailleurs quil eft néceflaire pour donner une belle forme aux cours , qu elles aient de longueur a diagonale du quarré fait fur leur largeur ; confidération qui aurait faire préférer une grille de fer à cette muraille , qui mafque d’une part le jardin, & de 1 autre

les bâtimens. .

A l’égard des autres cours qu’on remarque dans ce plan , comme elles ne font pas auffi intérelfantes , leur proportion & leur forme font plus indifferentes ; quoiqu’on puilfe dire en général , qu’il eft bon d’obferver , autant qu il eft pofii- ble , que rien ne foit négligé dans un édifice d’importance; mais, comme nous venons de le remarquer , les cours , le corps-de-logis , les allés , les pavillons

& les

ARCHITECTURE FR AN ÇOI SE, Li v. V. ' 4r

les avant-corps de ce Palais ayant ete faits , pour la plupart en difïerens teins Palais & fous divers Architectes , nous devons nous attendre à des irrégularités frappan- Ro,,u tes que nous palferons fous filence , notre objet n’étant pas de faire ici la criti- que de ce vafte édifice. D’ailleurs il faut convenir que Le Mercier , qui a com- mencé ce bâtiment , entendoitpeu la diftribution des Palais & même la décoration de leur façade. A en juger par la Sorbonne , il réuffiifoit mieux dans l’ordon- nance des monumens facrés ; refléxion qui nous prouve en quelque forte , que l’ Architecture peut s’envifager fous différens points de vue ; que tel Architeéte , qui montre de la fagacité , de l’intelligence & du génie pour la compofition d’une Eglife , d’un arc de triomphe , d’une Place publique , &c. réulîit imparfaitement dans la difpofition d’un édifice du genre de celui dont nous parlons. Cette con- fidération devrait faire fentir aux grands Seigneurs, combien il leur eft important de faire choix , entre plufieurs habiles Maîtres , de celui qui eft le plus capable de remplir leur objet, fans avoir égard, ni à la recommendation, ni à la réputation fouvent hafirdée , qu’un Artifte a fçû fe faire à propos d’un joli jardin , d’un belve- der, d une maifon de plaifance , &c. Qu’on y falfe attention , tous les talens ont leurs bornes & leur divifion. La peinture , la fculpture , la poëfie , la mufique dans tous les terns ont formé de grands hommes dans des claffes différentes. A plus forte raifon , P Architecture , qui eft la Reine des beaux Arts , eft-elle fuf- Ceptible de divifions. Il n’eft donc point étonnant qu’un Architeûe ne foit pas univerfel ; le grand point eft de connoître le dégré de fa capacité , & un Pro- priétaire inftruit ne doit pas s’y tromper ; mais , dira-t-on , ceux qui font bâtir , peuvent-ils s’y connoître ! Oui fans doute : je, crois l’avoir dit ailleurs , la con- noiffance des Arts doit entrer pour beaucoup dans l’éducation des hommes bien nés. Ce font les grands Seigneurs , qui font fleurir un état , ce font eux ordi- nairement;qui font une dépenfe digne de leur nailfance. Nous ne leur demandons pas à la vérité d’être Artiftes , mais de les bien connoître , d’en fçavoir faire choix de les occuper & de les récompenfer. Si ce que nous femblons exiger ici écoit plus ordinaire , on verrait les Arts fe foûtenir , profperer , & moins de bâtimens élévés à l’ignorance & à la cupidité , dans un fiecle le germe des talens fem- ble s’accroître journellement , malgré le peu de cas que la plupart des Grands femblent faire des Arts & des Artiftes.

Pour revenir à notre objet, nous dirons que depuis Le Mercier , la diftribution des appartemens du Palais dont nous parlons a prefque toute été changée , que les Architectes dont nous avons fait mention plus haut , ont fouvent été occu- pés à retourner ces appartemens félon leur différente deftination , & félon la dignité des perfonnes qui ont habité ce Palais , depuis qu’il eft élévé ; qu’enfin on en démolit encore aujourd’hui la plus grande parti? , ce qui joint à la diffi- culté qu’on a d’entrer commêtdement dans toutes leS-pïeces de cet édifice , nous empêche d’en donner peut-être le plan avec une forte d’exaétitude. C’eft pour cette raifon que nous n’entreprendrons de décrire ici que ce qui nous eft connu jufqu à un certain point. A propos de quoi nous remarquerons , que dans l’aîle droite en entrant dans la cour, eft pratiquée une falle de fpeétacle , dans laquelle on reprefente nos Dpera , & que le Cardinal de Richelieu , qui avoit un goût décidé pour la Poefie dramatique , avoit fait éléver. La place qu’occupe cette falle dans ce plan eft marquée A , & defigne une grande partie du delîbus du théâtre , font diflribuées les machines deftinées aux . décorations des Divinités infernales. Le plan détaillé de cette falle de Speétacle eft exprimé dans celui du premier étage, Planche II. ( Voyez ce que nous avons dit touchant l’origine de ce Speélacle , Tome. II. pag. rq. Note (c).)

Le grand efcalier de ce Palais eft du deffein de Defargues. Il eft placé dans Tome III, i

Palais

Royal*

42 ARCHITECTURE FR ANÇOISE,Liv. V.

un lieu affez ignoré dans ce plan , & prouve combien , depuis le tems auquel il a été confirait , nos Architeéles François ont fçu rendre cette partie de la dis- tribution élégante & commode. Au refte il eft affez vafte & folidement bâti , fa décoration eft même allez bien entendue. Il eft à préfumer que celui qu’on va reconftruire à neuf, fera mieux diftribué, mais il eft craindre que fa décoration ne vaille pas celle qui fubfifte aujourd’hui , quoique fimple &fans ornement.

Après cet efcnlier , ce qui eft le plus à remarquer dans le plan dont nous par- lons , c’eft le grand appartement , qui donne fur le jardin de propreté , & qui a été long-tems occupé par feue S. A. R. Madame la Ducheffe d’Orléans , grande Mere du Prince qui vit aujourd’hui. Cet appartement eft vafte , & muni de tous les dégagemens qui doivent accompagner des pièces deftinées à la réfidence des perfonnes de la première confidération. Il eft occupé à prefent par M. le Duc de Chartres , & par les perfonnes qui font chargées de l’éducation de ce Prince. On voit auiïï une Chapelle au rez-de-chauffée , au-deflus de laquelle en eft une au- tre , qui a été peinte par Vouet, Sc dont lions parlerons dans fon lieu. Les bâ- timens B , C pratiqués dans l’une des baffes cours , viennent d’être érigés à neuf, ils étoient auparavant non-feulement fort irréguliers , mais encore trop peu éten- dus pour le nombre des Officiers attachés à la maifon d’Orléans. Ceux B ont été conftruits en 1751 furies deffeins & fous la conduite de M. Cariaud, & ceux C s’é- lèvent aéluellement (/) fur les deffeins & fous la conduite de M. Contant. On ne voit point dans ce plan , ni d’écuries , ni de remifes , il les falloit confidéra- bles , & le lieu ferré de ce quartier n’a pas permis de les éléver dans le terrain du Palais Royal. Ces écuries font fituées dans l’ancien Hôtel de Colbert , rue neuve des petits Champs , bâti par Le Veau , & dont la Porte d’entrée eft con- fidérée comme un beau morceau d’Architeélure. (Voyez en le deffein dans les Délice s de Paris , planche lié.) Les bâtimens de ces écuries contiennent une grande quan- tité de remifes & environ 96 chevaux , des logemens pour les Pages , pour leur Gouverneur , & pour le premier Ecuyer de M. le Duc d'Orléans.

Les écuries de Madame la Ducheffe font fituées rue de Richelieu , étoient autrefois celles de fon Alteffe Royale ; ces bâtimens contiennent environ 40 che- vaux, des remifes , & le logement de l’Ecuyer.

Plan du premier étage. Planche III.

La diftribution de ce premier étage , auquel le rez-de-chauffée a été affujetti , compofe ce qu’on appelle communément le Palais Royal. C’eft dans ces appar- temens que fe voit cette riche colleétion de tableaux des plus excellens maîtres , fi connue de toute la France, & qu’on peut dire être la plus compiette Sc la plus curieufe , qu’il y ait en Europe. Nous la devons à M. le Duc d'Orléans , Régent qui avoit une très-grande connoiffance de la peinture , qui s’occupoit quelque fois lui-même à peindre , & qui fit acheter chez l’étranger ce qu’il y avoit de plus précieux en ce genre. Nous n’entrerons point dans le détail de tou- tes ces merveilles , elles demandent une defeription particulière , dont nous laiffons le foin aux Maîtres de l’Art. Nous remarquerons feulement en paffant , que M. le Duc d’Orléans d’aujourd’hui connoilfant l’importance de cette fuperbe collée-

(/) Nous donnons dans ce plan les diftributions de ces nouveaux bâtimens , telles qu’elles nous paroilfent s’exécuter, fans répondre de leur exaélitude. Nous avoue- rons même ingénuement que nous fouhaiterions nous être trompés dans les formes , dans leurs divifions & dans leurs difpofitions ; mais ce qu’on voit de fait pré-:

fentement , nous fait craindre que nous n’ayons été exaéls au-delà de notre efperance. Dans ce cas nous ofons avan- cer , que ces augmentations , tant. au rez-de-chauflée qu’au premier étage , ne feront jamais un modèle d’imi-, tation.

. . ; ... ..

ARCHITECTURE FRANÇOIS E,Liv. V. 43

tion, a fait choix de M. Pierre (g) , Peintre du Roi, pour fon premier Pein- pa!a;s tre , perfuadé qu’il ne pouvoit confier un dépôt fi précieux à un plus habile Ro>’aL homme.

La plupart des appartemens qui contiennent ces chefs-d’œuvre , furent élevés par les ordres de Louis XIV , en 1692. Ce fut auffi ce Prince qui , quel- que tems après, fur les deifeins de Jules Hardouin Manfard, fit conftruire fur un emplacement qu’occupoit le Palais Br ion (li) une grande gallerie en retour fur la rue de Richelieu. Dans la fuite , le Duc d’Orléans , Régent , fit bâtir par Gilles Op- penor , fon Architeéle , le fallon qui la précédé , & il le chargea d’embellir l’intérieur de ces appartemens. Les décorations en font traitées avec un goût ad- mirable , d’ailleurs le choix des ornemens & l’élégance des formes , compofent un tout capable d’infpirer une forte impreffion aux Artiftes qui veulent fe faire ef- timer dans leur profeilîon. Un Ordre de pilaftres Corinthiens élévé fur un pié- deftal , & couronné d’une Corniche compofée , forme la principale décoration de la gallerie. Une grande cheminée placée au milieu de l’enfilade , d’un deifein fier & hardi , fait un très-bel effet. Onze croifées en plein ceintre éclairent ce lieu ; elles font un peu baffes pour la hauteur de la gallerie , mais les voufiures qu on a affeéle dans leur fommet , procurent à la voûte un jour , quoique glif- fant , qui dédommage de plus grandes ouvertures. Cette gallerie a été peinte par Antoine Coypel , premier Peintre du Roi. L’Hifloire d’Enée y eft repréfentée en quatorze tableaux ; c’eft un ouvrage] capable d’illuftrer l’Ecole Françoife , auf- fi eft— il fort eftimé des Connoiifeurs. Le grand fallon qui précédé cette gallerie , eft éclairé par en haut ; cette lumière eft très-favorable pour les tableaux, & c’eft ce qui nous a fait dire plus d’une fois , qu’il feroit à défirer que les cu- rieux qui forment des cabinets de cette efpece , fe déterminaffent à en ufer de même.

Les appartemens des deux ailes de la grande cour ont une communication â découvert par la terraffe A , qui eft foûtenue par les arcades percées à jour , dont nous avons parlé en expliquant la Planche précédente. Cette terraffe communi- que auffi extérieurement dans les appartemens de cet étage du côté du jardin par un balcon continu , marqué B ; communication néceffaire dans un édifice de cette importance. Nous obferverons feulement , que pour répondre à la dignité du bati- ment , ce balcon devroit être foûtenu par des colonnes, 8c non par des confo- les de fer ou de pierre , qui , outre qu’elles ont toujours un air pcftiche & fait après coup , préfentent une décoration qui fe fouffriroit à peine dans une maifon particulière.

L’aile droite de ce bâtiment doit contenir les appartemens de Madame la Du- cheffe d’Orléans , on y travaille aéluellement ; à la gauche feront ceux du Prin- ce , fon époux. Nous les donnons tels qu’ils font aujourd’hui , mais on fe propofe d’y faire des embelliflèmens , de forte qu’il n’y aura que le grand appartement de parade qui fubfiftera tel que nous le donnons. Nous obferverons auffi que du tems du Cardinal de Richelieu , on avoit pratiqué au premier étage de l’aile à gauche , fe voit la chambre de parade , une fort belle gallerie , dont la voûte

(g) M. Pierre , Ecuyer ; un des premiers Peintres d’Hiftoire de notre école moderne , Profelfeur dans l’A- cadémie Royale de Peinture & de Sculpture , travaille aéluellement au plafond de la Chapelle de la Vierge dans l'Eglife Paroifliale de S. Roch. Tous ceux qui ont vu l’efquiffe de ce grand ouvrage , conviennent que c’eft un des plus beaux morceaux qu’on puiffe imaginer en genre , & qu’il répondra dignement à la haute réputa- tion dont jouit déjà cet excellent Artifte. Voyez ce que

nous dirons de cet ouvrage dans le Chapitre XXV. de ce Volume en parlant de l’Eglife de S. Roch. Note (/).

(/f) Ce Palais avoit fervi de retraite à Louis XIV, dans le tems qu’il demeuroit au Palais Royal. Dans la fuite on y établit les Académies de Peinture , de Scul- pture & d*Archite(fture; mais lorfqu’on fe fervit de fon emplacement pour éléver la gallerie dont nous parlons , on tranfporta ces Académies au Louvre.

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Palais

Royal.

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

Evoit été peinte par Philippe Champagne , mais on la détruifit lorfque la Reine Rérente vint faire fon féjour dans ce Palais , & on en fit l’appartement dont nous venons de parler.

La gallerie des hommes illuftres de la France , qui étoit auffi placée au pre- mier étage , a eu le même fort. Comme elle avoit été fort négligée, on fut obli- gé en 1727 de la détruire, & on fit à fa place des appartemens. Les portraits de ces hommes illuftres au nombre de 25 , & dont on voit encore la plus gran- de partie dans une petite gallerie du même étage , étoient peints par Philippe Cham- pagne, Simon Voiiet , Jufie d’Egmont,&. Perfon. On voit même encore dans cette petite gallerie quelques bulles de marbre blanc , qui ornoient l’ancienne & qui méritent l’attention des ConnoilTeurs,

L’on voit dans ce plan la falle de l’Opera dont nous avons parlé , elle eft dé- taillée autant que la grandeur de l’échelle l’a permettre , & a été levée très- exaélemcnt , deforte qu’on y remarque la diftribution du théâtre , du parterre , de l’amphithéatre , des loges & la communication que cette falle a avec l’intérieur des appartemens du premier étage. Nous obferverons qu’on a pris foin de mettre des lettres de renvoy dans cette Planche , capables de donner quelques éclair- cilfemcns , & de mettre par écrit les noms & l’ufage des pièces les plus inté- reffantes , ce qui nous difpenfe d’une defcription plus circonftanciée ; d’ailleurs comme il arrive très-fouvent que la deftination de ces pièces varie , on a crû qu’il étoit fuperflu d’entrer dans un plus grand détail , qui dans peu d’années n’auroic plus rien de commun avec l’édifice.

Elévation du Palais Royal du côté de la rue Saint Honoré. Planche IV.

Figure Première.

L’ordonnance de cette façade eft d’Ordre Tofcan , genre d’Architeélure peu propre à la décoration d’un Palais , malgré l’exemple de celui du Luxembourg : la rufticité de cet Ordre devroit être réfervée pour les ouvrages militaires , les fontaines , les grottes & les orangeries , il convient généralement de donner une expreifion de virilité. Au-delfus de cet Ordre eft un Attique , ordonnance encore plus ruftique , qui jointe à la fimplicité des croifées & aux refends conti- nus qui régnent dans toute cette façade , lui donnent un air de péfanteur , qui ne convient point à un édifice deftiné à la réfidence d’un grand Seigneur. Je fcais que quelques Architeéles prennent cette expreflion pour une fermeté défi- rable , néanmoins nous dirons que partout la convenance ne préfide pas , il eft rare qu’un édifice s’attire le fuffrage des ConnoilTeurs , car certainement elle doit être regardée comme le premier objet de l’Architeélure ; les Maîtres de l’Art de- vraient prononcer abfolument & définitivement à cet égard , afin qu’à l’avenir la décoration de nos bâtimens ne fut point confiderée comme purement arbitraire. Peut-être l’ai-je dit ailleurs. Mais qu’on me pafte des répétitions dans un ouvra- ge dans lequel on revient fouvent fur les mêmes défauts , & qui d’ailleurs ne pou- vant être de fuite , femblent être autorifées ici.

Si l’ordonnance de cette façade eft contraire aux régies de la convenance , en général fes dimenfions ont des beautés qui méritent quelque eftime ; par exemple la proportion des pavillons eft aftez belle , ainfi que celle de la porte cochere ; & quoique cette dernierefoit d’une décoration trop péfante pour l’entrée d’un Palais , elle ne laiile pas néanmoins que d’avoir un caraétere expreffif que l’on fent bien par- tir d’une main habile , & qui feroit bon à imiter dans toute autre occafion.

A la droite de cette façade , on a marqué en A la fortie principale de l’Opera; Àu-deflùs eft un balcon dont on a imité la décoration en B , depuis que la Ville

qui

ARCHITECTURE F R A N Ç O I S E , L i v. V. 4;

qui en a la direétion , a acquis un terrain pour faciliter le dégagement de ce P;i-' Ipeélacle. (Voyez ce dégagement dans le plan , Planche IL) Au refie, quoique cette addition procure à cette falle une ilfue moins ferrée qu’auparavant , il pa- roît toujours indifpenfable pour cette Capitale qu’on érigé un nouveau théâtre dans un lieu plus vafte , qui annonce par fon alpeél la magnificence avec laquelle le Corps de Ville a manifellé dans tous les tems fon goût pour les édifices publics qu’il a fait élever.

Elévation, coupe & profils da Palais Royal , pris dans les plans fur les lignes DE. Planche IV. Figure II.

Cette Planche donne à connoître la plus grande partie des bâtimens qui eom- pofent ce Palais. La lettre A montre la coupe de la porte d’entrée du côté de la rue S. Honoré, au-delfus de laquelle fe voit la petite gallerie qui conduit des appartemens aux loges de l’Opera, de plein pied au premier étage. (Voy. la Pl. IL) La lettre B fait voir l’intérieur de la première cour dont l’ordonnance coniifte dans un rez-de-chauf- fée , au-defius duquel font des mezzanines , & au premier étage un Ordre compofé d’après le Tofcan , le Dorique & l’Attique , enfant du caprice & de la fingularité.' On remarque neanmoins dans cet étage des croifées dont la proportion & la forme ont quelque chofe de viril & d’alfez bien entendu. La lettre C indique un pavillon très-peu faillant à la vérité , mais qui accompagne allez heureufement la façade du principal corps-de-logis , fitué en face de la principale entrée. Cependant nous remarquerons qu’une Architeélure uniforme dans les façades d’une cour peu fpacieufe eft pré- férable à une Architeélure trop variée , & dont la diverfité occafionne dans l’ef- prit du fpeélateur une confufion d’autant plus condamnable , que cette inégalité engendre de petites parties , qui nuifent à la malfe générale. La lettre D indi- que la coupe du principal corps-de-logis , dont le rez-de-chauifée voûté en pierre , lèrt de porche ou palfage pour les équipages. Ce porche eft décoré de pilaf- tre Tofcans , couronnés d’un entablement qui profile fur le retour des pilaftres accouplés , & qui porte des lunettes pour décharger la voûte en plein ceintre de ce porche. Cette décoration en général eft d’aflez bon goût.

Au-delfus de ce porche on voit la partie intérieure des appartemens doubles fi- tués dans le milieu de la première cour , & non dans celui de la fécondé , ce qui eft une faute elfentielle contre la fimétrie qu’on doit obferver dans la diftribution générale d’un édifice d’importance. Cette faute eft d’autant moins excufable ici , que l’axe de la principale allée du jardin n’aligne pas non plus celui de la premiè- re cour ; deforte qu’aucune des parties elfentielles de ce bâtiment ne paroît avoir été faite l’une pour l’autre ; car de la porte d’entrée, par la rue S. Honoré, en paf- fant par le porche , & continuant cet alignement au travers d’une des arcades qui féparent la fécondé cour d’avec le jardin , on rencontre une file d’arbres au lieu d’une maîtreife allée , ou au moins d’une contre allée , ce qui nuit au coup d’œil général , & fait fentir combien il eft important de compofer les parties pour le tout & le tout pour les parties. Il ne paroît pas cependant qu’on veuille remédier à cet- te inadvertance en reftaurant ce bâtiment ; il eft vrai que cela feroit difficile , à moins que de jetter bas une partie des murs de face , que l’on s’eft propofé de conferver par une économie allez mal entendue , car il eft certain que fi l’on con- tinue les augmentations que l’on a commencées , elles coûteront autant que fi l’on reconftruifoit à neuf certaines parties elfentielles, qui auroient procuré l’avanta- ge de redrelfer ce bâtiment , & l'auroient rendu digne du Prince qui l’habite , & qui paroît ne rien négliger pour donner des preuves de fon goût pour les beaux Arts ,

& laiiïer à la pofterité des marques de fa grandeur & de fa magnificence.

Tome III. M

ARCHITECTURE

FRANÇOISE, Li v. V.

font , dans la hauteur des

Au-delfus des appartemens dont nous venons de parler , , -

combles, des chambres pour les principaux Officiers de la Maifon. La lettre E but voir l’élévation d’une des ailes de la fécondé cour. Cette aile doit fimetnfer avec celle qui lui eft oppofée. La décoration de cette façade eft compofée d’une efpece de lou- balfement au rez-de-chauffée , percé d’arcades , de mezzanines & de petites crm- fées , formant en général une ordonnance plus finguiiere que belle , quoiqu ap- plaudie par quelques Artiftes. Néanmoins les coquilles fituées fous l’mtrados des arcades doivent être regardées comme un ornement déplacé , aum-bien quelles prouës de vailfeaux & les ancres qui font élévées dans les tables chantournées ; car quoiqu’ allégoriques à la Charge de Chef & Surintendant général de la Naviga- tion de France, que polfédoit le Cardinalde Richelieu , lorfqu il fit elever ce batiment , ils font trop réitérés, & d’ailleurs d’une exécution lourde & péfante.

L’Ordre Dorique du premier étage ell affez régulier , mais comme il elt éle- vé fur un foubalfement d’une affez grande hauteur , il paraît mefqmn. Dans les entre-pilaftres étoient des niches dont on a percé quelques-unes depuis pour pro- curer plus de lumière dans les appartemens , deforte que l’megalite de ces ou- vertures & la variété de leur forme n’eft point un exemple a imiter. Au-delfus de cet Ordre étoit un comble à deux égouts , à la place duquel on vient de lubihtuer un comble brifé, pour pratiquer dans cet étage fupérieur des logemens plus corn- modes. Ce nouveau comble (/) ell élevé au-deflus d une baluftrade , & ell perce alternativement de lucarnes & d’oeils de bœuf revêtus de plomb & d’ornemens de même matiete. Sur les baluftrades font placés desvafesen pierre, qui tombent a plomb de chaque pilaftre. Nous obferverons en général que ces ces combles bri- fés font ici univerfellement critiqués : en effet leur forme paraît trop pelante, ils font trop chargés d’ornemens & percés ridiculement par des ouvertures alternati- vement en plein ceintre & elliptiques , qui annoncent vifiblement dès les dehors un défaut inévitable de limétrie pour l’intérieur des pièces. D ailleurs il y a de lin- décence à placer ces pièces au-deffus d'un appartement de parade , & il eft cer- tain que lorfque la néceffité oblige de pratiquer des manfardes au-deflùs d’un lo- gement deftiné à la réfidence d’une perfonne de confidération , il ne faut pas af- ieaer tant d’ouvertures dans les combles , les toits ne devant paraître extérieu- rement que pour fervir d’exhauffement aux grandes pièces de l’intérieur , & non pour y ménager des chambres fubalternes. Enfin les combles à la manfarde ne font pas faits pour fervir d’amortiffement à la décoration des Palais des Princes. Ils ne préfentent que des greniers dont on ne doit faire parade que dans des mo- numens publics d’un certain genre, ou dans des maifons à loyer. C’eft manquer aux loix de la convenance que d’en ufer autrement , & quelque confidération parti- culière qu’on puiffe avoir , un Architede habile doit s’éloigner de tout ce qui eft contraire à la bienféance , fans quoi il s’expofe à la critique des Connoiffeurs & au blâme de la multitude (k).

La lettre F indique l’épaiffeur du mur qui fepare la fécondé cour d avec le jardin , & qui eft percé d’arcades , au-deffus defquelles régné une gallerie décou- verte, bordée d’un balcon de fer continu. Cette terraffe fert , comme nous l avons déjà remarqué , de communication à l’aîle du bâtiment E , & à celle qui lui eft

(i) Dans l’élcvation que nous donnons , ce nouveau comble n’eft point encore exécuté . il ne l’eft que dans l’élévation qui lui eft oppofée , mais comme cette man- farde doit regner partout , & qjie nous avons préféré cette façade à l’autre , à caufe qu’elle nous fait voir une partie de la grande gallerie , nous avons introduit ici les combles brifés à la place de ceux qui y font , pour donner à connoître l’effet qu’ils feront, tout le

refte de la façade n’étant fufceptible d’aucun change-

(k) Voyez ce que nous avons dit ailleurs fur la né- ceffité de fupprimer les combles en général dans les grands édifices , 8c fur celle d’annoncer par un air de grandeur & de majefté le premier étage d’un batiment confidérable , lorfque cet étage eft deftiné pour y fixer leféjour d’un grand Seigneur.

,/i' / . V IX.J’/tirh/ 1’ J'reniicrc.

OENERAI, des jardins

ET DEPENDANCES DD PALAIS ROYAL

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Ritf Neuve t/e.r li, >//<!• En/timr.

F Painllon Je la. boucle .

'i.Cr Pavillon. Je la Salle Je Spectacle Je l Opéra .

H Anciens Appartenions Je sont Al lusse Royale, ociipés aujourJ htty pur jjfl le Due Je ( larlres, et les personnes Je sa suite I Atle Je P aliment oit est placée la Chapelle, et Jans laquelle sont

JislribuéàJn urs Appar/rmens pour les prinepaii.c Officiers Je la Jftaison . K Serre pour les Arbustes, celle Jes Orangers étant rué O' Ie Anne .

L Aile Je fi aliment Jonl les Je Jans se Jistriluent a neuf et ne sont pas encore achevés.

r le Jeparfvment Je l Opéra,

PLAN CÆNDRAU AU LEZ DU CHAT

Echelle Je

Cour Je

Lù’.v; NflX.P/ahc/t 2.

Æaison ■vonn/i?

Cotir

decjaqenitnt finir l' O per a

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I C Nouveaus /qqetnerts pour le Officier*' Je M', le Duc <lc ilinrlre s.

1 F Petit Appartement priA orné Je T i l/co me de l'Ecole Flonnun/c .

G Escalier Jerolèe qui ileqqqe dame le Jardin Je propreté

H Pi y •mu v - lnlit liant Ire et < 'ail- a manqer, cjlu anciennement ne isotent qu une , < aile ! I Salle Je i ompiq/iie, don t le Plafond anae/uientent avoitele Peint par Noël Coyptl

I K Appartement Je Madame la Duches-e tic La n/e

i L Nouveau Poliment élevé sur les desseins Je Mit ar/auJ pour les l officiers Je M. le Duc J ( Wea/ts-

M. Nouveau Patuncntiju an crnje actuellement sur les desseins Je AI Contant poui les Appartements Je Madame la Duchesse J Orléans .

ÎST Ancienne Aile de Batiment tjue Ion restaure et qu'oit enthel/il pour le meme usqqe.

O t toile Je Spectacle Je l Opéra, prise au niveau Jtt Théâtre.

P Nouveau Batiment que ta Ville a fui construire pour 1rs foyers et les lp/es des Acte tue

Je l Opéra- tif Calnnets qui contiennent h eelelre Collection Je Talleainr dit Palais Rqy al- R ( nu ■< 1er o les f uni / - Ai nirtement Je Parade, servant ait/ottrJ lu y Je petit Appartement privé et au dessus des quelles sont des Entresols

PLAN GENERAL DIT P ATT MI

t sur

ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

oppofée. On a propofé , dit-on , de fupprimer cette terralTe , & par conféquent les murs qui la foûtiennent , pour y mettre une grille de fer ; fans doute la cour Ro>'“1 principale en acquereroit plus d’efpace , mais lorfque ces murs feroient fupprimés , il feroit à craindre qu'on n’apperçût trop vifiblement l'irrégularité de l'enfilade gé- nérale.

L’élévation G eft une partie de celle qui contient au premier étage la grande gallerie. Son ordonnance différé abfolument des précédentes ; elle eft compofée au rèz-de-chauffée & au premier étage d’arcades en plein ceintre , & elle eft enrichie d’ornemens & de membres d’Architeélure qui ont affez bien réuffi à Hardouin Manjàrd, aufli les a-t-il employé allez volontiers dans les bâtimens qui lui ont été con- fiés. La faillie des ailes de la fécondé cour empêche qu’on ne voye ici la lon- gueurde cette façade; mais comme dans toute fon étendue elle eft la même, nous nous fommes crû difpenfés de la donner féparement. A l’égard de celle qui lui fait retour , & qui eft en face du jardin , fa décoration eft fi médiocre , que nous n’avons pas héfité de n’en point parler ici. Peut-être en aurions-nous ufé de mê- me à l’égard de la plus grande partie des diftributions en général & des éléva- tions de ce ^Palais , fi d’un côté fon immenfité , de l’autre le nombre prodigieux de merveilles qu’il renferme dans fon intérieur , n’euffent pas été pour nous un mo- tif alfez puiffant pour le faire connoître aux étrangers. Au refte ne peut-on pas dire que les inadvertances que nous nous fommes trouvés obligés de relever dans l’examen de ce vafte bâtiment , feront l’effet de l’ombre qui fert dans un tableau à faire valoir la lumière , rien n’étant plus important pour la recherche du vrai beau , que de s’afturer par une comparaifon refléchie de la fource & du motif des licences dans lefquelles les autres font tombés ?

DESCRIPTION

DU CHATEAU D’EAU

Elevé en face du Palais Royal , rue Saint Honoré.

IL n’y eût point d’abord de place vis-à-vis le Palais Royal. La Reine Régente ,

Anne d’Autriche , étant venu faire fon féjour dans ce Palais , fit abattre l’Hôtel de Sillcri , & en fit conftruire une ; mais comme elle étoit bornée & fort irrégu- lière , Philippe, Duc d’Orléans , Régent du Royaume, la fit aggrandir en 1719 , lorfqu’il prit pofleflîon de ce Palais , ainfi que nous l’avons dit au commencement de ce Chapitre. Il y fit conftruire , fur les deffeins de Robert de Cotte (f) , premier Architeéte du Roi , un corps de bâtiment nommé le Château d’eau , qui contient deux réfervoirs , l’un d’eau de la Seine , amenée par la machine de la Samaritaine ( m ) , l’autre d’eau d’Arcueil, amenée par l’aqueduc de ce nom (n). Ces réfervoirs fourniflent de l’eau au Palais Royal, aux Thuileries , au Louvre, Sic.

(/) Voyez ce que nous avons dit de cet Architecte , Tome I. Page 230. Note (a).

(m) Voyez ce que nous avons dit de la Samaritaine ,

,T* II. p. i3.Not. ( e ).

(«) Cet aqueduc , tel qu’il eft aujourd’hui , (car il y en avoit anciennement un, dont il refie encore quelques vef- tiges > ) fût conftruit par ordre de la Reine Marie de Mé- dias , fur les deffeins de Jacques De Brojfe ; il fut achevé en 1624. Cet ouvrage égale en magnificence ceque les Romains ont fait éléver dans ce genre. Il a 200 toi- fes de longueur , douze de hauteur , & eft: orné de vingt arcades de vingt-quatre pieds d’ouverture , dont neuf font percées à jour .• fous l’une de ces arcades paffe la

petite riviere de Bievre. Cet aqueduc tire fes eaux de Run- gis par des rigoles qui ont 6600 toifes de longueur. La conduite de ces eaux pour Paris eft au-deflus de la cor- niche de ce monument ; elles partent dans un canal aux deux côtés duquel font des banquettes. Ce canal eft voû- té & percé d’ouvertures pour donner de l’air & du jour dans l’aqueduc.

A propos de cet aqueduc , nous citerons la maifon de plaifance de feu M. le Prince de Guife qui eft attenant , &dont les jardins & les bâtimens, quoiqu’à demi ruinés , produifent encore un effet admirable , ils ont même fervi plus d’une fois de modèle à nos plus habiles Peintres Fran- çois & à nos meilleurs Défiinateurs.

4S

ARCHITECTURE F R A N Ç O I SE, L i v. V.

ChSteau

4’eau.

Plan au rez-de-chauffée du Château d’eau. Planche V.

Ce bâtiment dans fon plus grand efpace a 20 toifes 4 pouces de profondeur , hors d’œuvre , & J toifes dans le moins profond. Cette inégalité provient de la fi- tuationdes maifons v oifrnes qui , appartenant à differens Propriétaires, n’ont point d’alignement direéf.

Le rez-de-chauffée de ce batiment eft divifé dans fa plus grande profondeur par deux murs de refend qui fervent à foûtenir le poids des réfervoirs. Ces murs font percés d’arcades pour procurer plus d’efpace dans le fol , qui fert de magafin pour les démolitions des bâtimens du Roi , & pour ferrer les pompes publiques & diffé- rentes uflenciles à l’ufage de ces réfervoirs.

Dans la plus petite partie de ce plan eft pratiqué un efcalier qui monte au ré- fervoir. La principale entrée de ce bâtiment eft du côté de la rue fromenteau ; il y en a une autre dans la rue S. Thomas du Louvre , qui fert pour entrer & fortir du magafin. La garde & l’entretien de ce bâtiment eft confiée au Sieur Lucas , Plom- 'bier & Fontainier du Roi ; lequel a fon logement tant dans le rez-de-chauffée , que dans les entrefols & au premier étage du côté de la rue Fromenteau.

Cet édifice, en général, eft peu confidérable , mais il eft d’une grande utilité pour ce quartier , un des plus peuplés de Paris , non-feulement parce qu’il four- nit de l’eau aux Palais que nous venons de citerj , mais auffi parce que l’abon- dance de fes réfervoirs pourrait remedier promptement aux incendies que l’on a toujours lieu de craindre dans une ville aufli fréquentée. Cette confidération , qui eft effentielle , devrait engager à ne pas s’en tenir à celui dont nous parlons , qui eft prefque le feul qui exifte dans Paris , ne devant compter au nombre des dépenfes véritablement louables , que celles qui en érigeant des monumens capables de dé- corer une grande Ville , fourniffent auffi aux habitans des commodités qui leur procurent la fureté de leur demeure , la falubrité de l’air qu’ils refpirent, & une eau abondante , fi utile à leurs befoins en général. Il eft vrai que dans toutes les fon- taines de Paris il y a des réfervoirs & des cuvettes de diftribution ; mais à l’excep- tion de la pompe du Pont Notre-Dame & de celle de la Samaritaine , elles produi- fent un fi petit volume d’eau , qu’elles feraient peu propres à préferver les habitans de cette Ville , ( malgré la Seine qui paffe au milieu d’elle , ) d’un accident qui a réduit plus d’une fois des Capitales en cendres.

On a marqué dans ce plan les tuyaux de diftribution dont on fera mention dans les coupes. Les trois marqués G fervent à amener de la Croix du Trahoir l’eau d’Arcueil , de décharge au réfervoir, & de conduite pour mener cette eau à la Monnoye des Médailles. Le tuyau H eft celui qui fournit de l’eau de riviere au- dehors pour le Public , il fert auffi de décharge au réfervoir. Le tuyau K mene l’eau aux Tirailleries. Celui L amene l’eau de la riviere par la machine de la Sa- maritaine, environ la quantité de 20, ou 2J pouces, quoique la jauge placée a l’extrêmîté de ce réfervoir contienne 60 ajutages , qu’on dit avoir tous fournis , lorfque la Samaritaine fut nouvellement conftruite , & quelle étoit entretenue par des perfonnes intelligentes.

Plan du premier étage. Planche VI.

C’eft dans cet étage fupérieur que font placés les réfervoirs , l’un qui contient 4500 muids d’eau de riviere, l’autre i8oomuids d’eau d’Arcueii. Ces réfervoirs font conftruits de charpente doublée de plomb en table , & entretenue par des

liernes

_ ARCHITECTURE FRANÇOISE^Liv. V." 49

iiernes de fer clavetées & boulonnées d’une maniéré auffi ingénieufe que folide. On arrive à ces réfervoirs par differens efcaliers de charpente , qui atteignent jufqu’à leur fuperficie ; celui du rez-de-chauflee ne monte que fur le plancher qui foûtient les réfervoirs.

Elévation de ce Chdteau du côté de la Place du Palais Royal.

Planche VII.

. décoration de cette façade eft compofée d’un avant-corps & de deux ar- nere-corps Aux extrémités de l’avant-corps font deux pavillons. Cet avant- corps eit décoré de quatre colonnes d’Ordre Dorique engagées & chargées de bollages, couronnées d’un entablement & d’un fronton, dans le timpan duquel iont les armes de France. Au-delfus font deux figurés fculptées par Coudent le jeune (o) ; 1 une reprefente la Seine , l'autre une Nymphe qui défigne la fontaine d Arcueil. Au rez de-chauffee eft une niche ornée de congellations , d’une coquil- le, &, dans fa partie inférieure, d’un dragon de bronze qui jette de l’eau pour le Public. Au-deiïus de cette niche eft une table de marbre noir, fur laquelle on lit cette înlcription. 1

QUANTOS EFFÜ1SD1T IN USUS.

ij'taP7îT de cet avant-corps paroît trop fvelte pour être appliquée à un édifice de 1 efpece de celui dont nous parlons , & pour être compofée d’Ordre Dorique quoiqu on ait chargé ce dernier de bofiTages pour lui donner un air de virilité. Ce qui contribue a faire paroître cet avant-corps fvelte , c’eft d’une part la hauteur du focle fur lequel 1 Ordre Dorique eft élevé , de l’autre l’interruption de ion entablement qui donne un air gigantefque au grand entrecolonnement. Quoi- que cette licence foit contraire aux préceptes de la bonne Architeélure , on n’y tombe cependant que trop fouvent aujourd’hui , quelque prévenu qu’on doive être que lorlqu il s agit d’eiéver un monument public , il ne faut faire ufage que des formes les plus approuvées , l’efprit de convenance devant regner elfentielle- ment dans toutes les produirons d’un Architecfte. Autrement , iorfque le caprice tient lieu de geme & de régies , eft - il étonnant de voir une multitude de batimens d une ordonnance fans choix , fans goût & fans vraifemblance , qui déf- honorent le fiecle ou nous vivons, les Artiftes qui les produifent , & peut être la

Ne peut-on pas avancer que les produirons dont nous parlons , mifes fous les yeux de nos jeunes Architeéies, loin de leur infpirer une noble émulation , leur donnent lidee de ce goût mefquin & frivole, qui ne forme que des fujets médio- cres & dont on ne peut fe rélever qu’en vifitant avec exaélitude les monumens eltves dans le fiecle dernier; la plupart de ces édifices font autant de chefs-d’œu- vre qui pourroient tracer une route bien différente de celle qu’ont fuivie quelques- uns de nos contemporains , qui bien loin de chercher à porter leur Art au plus haut

leTavmtPerfei5ll0n fe COntentent d’en faire le Plus fouvent un état mercenaire qui

Les arrieres-corps & les pavillons de cette façade ne font pas traités avec plus de fucces. Un grand foubaftement d’une proportion outrée , fu, -monté d’un Atti- re fort peu ele , tous deux le fruit d’une .imagination déréglée , en forment

décoration ., & comme ces arrieres-corps pont aucune analogie avec l’avanc-

(«) Voyez ce que nous avons dit de cet illuftre Ar- Paris, Tome II oaneiro Noretfl tifte à loccafion du Chœur de l’Eglife Cathédrale de P ® i io. Note (/).

Tome III. ^

Château

d’Eau.

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ARCHITECTURE FRANÇOISE, Liv. V.

Châieau corps , ils compofent en général des parties qui n’étant pas faites pour être al- liées enferable , préfentent une ordonnance auflï vicieufe que méfeftimable.

Ce n’eft pas que les foubaffemens ne puilfent trouver leur place dans l’Archi- teélure , mais il faut fçavoir les introduire avec convenance, comme l’ont fait Manfard & Perrault , dans le Château de Verfailles & dans le périflile du Louvre. Les Attiques ont aulfi leur application ; mais comme ils ne font faits , ainfi que les foubaifemens , que pour faire valoir avec plus de majellé les Ordres réguliers , c’eft une ineptie que de compofer une façade de bâtiment de ces deux parties , qui ne font autre chofe qu’une imitation imparfaite de ce que l’Architeélure a de plus grave & de plus régulier ; deforte que cette ordonnance n’eft excufable ici , qu’en fuppofant que l’Architeéte , ( qui félon les apparences n’a pas conduit cet édifice , ) a voulu dans fon projet , par le foubalfement exprimer un étage plus mâle , & par l’Attique , un plus racourci , afin que par l’afpeét de ces deux éta- ges , on reconnut dès le déhors , l’ufage intérieur de ce monument.

Cependant l’élégance des avant-corps , les petites confoles des croifées Atti- ques , la richelfe des claveaux qui font aux arcades du foubalfement , la largeur outrée des travées des baluftrades , font une contradiétion qui s’accorde très-mal avec l’expreffion de ces deux genres d’étages , d’où il eft aifé de conclurre que ceux qui furent chargés de l’exécution de cet édifice , faifirent (p) mal l’inten- tion de l’Architeéle , & qu’ils ont produit une décoration mal entendue d’après une idée aifez bien conçûe dans fon origine. Car, par exemple , nous remarquerons d’une part , que les arcades en plein ceintre du foubalfement , ornées de refends , & de l’autre les corps d’Architeéfure chargés de bofiàges qui montent de fond , annoncent d’une maniéré aifez intelligible l’exprellïon virile & réfiftante, qu’il étoit nécélfaire de mettre en oeuvre dans la façade d’un bâtiment tel que celui-ci. En effet, comme il étoit deftiné à recevoir dans fon intérieur un poids confidérabie , par le volume d’eau que les refervoirs contiennent , aufft-bien que par la conftruc- tion folide de la charpente qui les foûtient , la convenance fembloit exiger que fon extérieur fe manifeftât par un genre d’ordonnance tout particulier ; mais ayant été altérée dans les principales parties , elle ne préfente plus qu’une décoration contrai- re aux loix de la bonne Architeélure.

Un dragon de bronze , placé au-defius d’un parapet continu de trois pieds de hauteur , & qui fert de foubalfement à toute cette façade , diftribue au Public une pe- tite partie de l’eau de ce réfervoir. Nous dirons à propos de ce filet d’eau , qu’un édifice de cette importance devroit s’annoncer au-dehors d’une manière plus frap- pante , foit par une nappe , une décharge , ou un torrent. Par-là on auroit donné à connoître la magnificence du Prince qui a fait éléver ce monument , on auroit dé- coré la Ville , & donné une idée de l’abondance du Fleuve & de la fource qui y fournilfent des eaux. Qu’on jette un coup d’œil fur la Samaritaine, du côté du Pont- Neuf : quoique l’eau quelle répand foit peu confidérabie , elle produit néanmoins un bon effet , elle fait